RÉFORME DES RETRAITES

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Vieillissement et retraite : les termes du débat

Dans le débat sur les retraites, la notion de vieillissement est de nature administrative. L'âge d'entrée dans la vieillesse est simplement l'âge auquel la très large majorité de la population devient éligible à une pension de retraite. On le situe conventionnellement à 60 ou 65 ans. Il est évident que la vieillesse, ainsi définie, ne traduit pas la même réalité sociale aujourd'hui qu'il y a cinquante ans. Il ne faut donc pas attacher à ce terme la connotation négative associée à la vieillesse en raison de ses effets biologiques (la sénescence). Cette connotation négative est d'autant plus forte en France où le vieillissement de la population a longtemps été associé au malthusianisme démographique qui a caractérisé notre pays au début du xxe siècle.

Évaluations du vieillissement

La démographie n'est pas une science exacte. Ses projections reposent en effet sur des hypothèses concernant trois facteurs principaux : la mortalité, la fécondité et les flux migratoires. Il y a donc un premier enjeu et un débat sur la qualité et la pertinence des hypothèses retenues.

Les hypothèses de mortalité sont les plus robustes car elles traduisent des tendances lourdes et concernent des personnes qui sont déjà nées et dont on peut observer les comportements. Elles sont cependant susceptibles d’être révisées assez fortement comme en témoignent, en France, les projections de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) publiées en 2016. En 2060, l’espérance de vie des hommes y serait ainsi de 88,5 ans et celle des femmes de 91,7 ans, soit respectivement trois ans et un an de plus que dans les projections précédentes publiées en 2010.

Entre 2020 et 2060, dans l’Hexagone, le gain d’espérance de vie à la naissance serait ainsi de huit ans pour les hommes et d’un peu plus de cinq ans pour les femmes. Pour l’espérance de vie à 65 ans – qui constitue l’indicateur le plus pertinent en matière de retraite –, le gain serait plus faible, d’environ cinq ans pour les hommes et quatre ans pour les femmes, toujours entre 2020 et 2060. Soit une hausse d’environ un an tous les neuf ou dix ans, c’est-à-dire moins d’un demi-trimestre par an.

Les projections en matière de fécondité sont plus délicates en raison des changements importants observés depuis plusieurs décennies dans les comportements et dans les calendriers de fécondité. De l'analyse aux projections, la difficulté s'accroît, surtout à un horizon de plus d'une génération, car il faut alors construire des hypothèses concernant la fécondité de populations qui ne sont pas encore nées et dont les comportements ne peuvent donc être connus. Ces difficultés expliquent probablement, au moins en partie, les révisions successives des projections de l'INSEE depuis le début du xxe siècle. Dans les projections publiées depuis 2010, l'institut retient désormais un indice synthétique de fécondité de 1,95 (contre 1,9 en 2006 et 1,8 au début des années 2000). Cet indice est le rapport entre le nombre de naissances une année donnée et le nombre de femmes en âge de procréer cette même année. Cet indicateur conjoncturel a baissé jusqu'au début des années 1990 et a remonté ensuite, principalement en raison d'une modification dans le calendrier des naissances : les jeunes générations de femmes mettent au monde des enfants à un âge plus élevé que leurs aînées. En Europe, la France est le pays où l’indice de fécondité est le plus élevé (1,90 en 2017 contre 1,59 en moyenne dans les pays de l’Union européenne).

À long terme, cependant, l’indicateur le plus pertinent pour établir des projections démographiques est le nombre d'enfants que chaque génération de femmes aura finalement mis au monde durant sa vie (la descendance finale dans le langage des démographes). Retenir « à long terme » un taux conjoncturel de fécondité de 1,9 ou 1,8 – comme l’INSEE le faisait naguère – revient implicitement à parier que la descendance finale des jeunes générations diminuera. Or on n'a pas observé jusqu'à présent un tel changement de comportement. La descendance finale est restée stable pour les quinze dernières générations de femmes ayant terminé leur vie féconde, à un niveau proche de 2,1 enfants par femme, ce qui permet d'assurer le renouvellement des générations. Même dans le scénario le plus récent, l'hypothèse de fécondité de l'INSEE reste donc décalée par rapport aux comportements de fécondité observés jusqu'à présent.

Enfin, en ce qui concerne le solde migratoire, les révisions opérées par l'INSEE ont été importantes. Dans ses scénarios de 2006 et de 2010, l’institut retenait un solde migratoire annuel de 100 000 personnes, deux fois plus élevé que dans les scénarios précédents. Dans le scénario publié en 2016, le solde migratoire annuel est désormais fixé à 70 000.

À ces facteurs structurels s’ajoute un phénomène plus conjoncturel lié à l’arrivée à l’âge de la retraite des générations du baby-boom.

Compte tenu de tous ces éléments, la projection de la population pour 2060 est de 75,2 millions de personnes. Dans ce contexte, la proportion de personnes ayant atteint l’âge minimum légal de départ à la retraite (soit 62 ans depuis 2018) devrait passer de 23,7 % en 2020 à 28,6 % en 2035 pour atteindre 31,2 % en 2060. Le vieillissement ainsi mesuré est inéluctable, mais il se ralentit de façon considérable à partir de 2035, après l’arrivée à l’âge de la retraite des générations nombreuses du baby-boom de l’après-Seconde Guerre mondiale. Tout recul de l’âge légal à taux plein retarde considérablement le vieillissement. Par exemple, avec un âge pivot à 64 ans, la proportion de personnes âgées (de 64 ans et plus) serait la même au début des années 2050 que celui projeté aujourd’hui en 2035 avec un âge légal de 62 ans.

Une tendance générale

Cette tendance au vieillissement de la population s'observe dans tous les pays. Au sein des États de l’Union européenne, il existe cependant de grandes différences en ce qui concerne le rythme de ce vieillissement, notamment entre les pays membres ayant rejoint l’Union européenne dans les années 2000 et ceux de l'ex-Europe des Quinze.

Le rythme de vieillissement sera en effet beaucoup plus rapide dans les nouveaux pays membres que dans les autres pays de l'Union. Dans les premiers, la part des personnes âgées de 65 ans et plus dans la population totale est, en 2020, plus faible que dans les autres pays (19,5 %, contre 20,8 %), mais cela devrait être l’inverse en 2060 (32,1 %, contre 28,3 %). Cela tient principalement au fait que l'espérance de vie est aujourd'hui plus faible dans les nouveaux pays membres et que sa hausse y sera bien plus forte que dans les membres anciens ; le taux de fécondité des nouveaux pays membres de l'Union européenne, actuellement parmi les plus faibles, devrait augmenter également un peu plus v [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 16 pages

Médias de l’article

Ratio de dépendance vieillesse dans l’Union européenne (UE)

Ratio de dépendance vieillesse dans l’Union européenne (UE)
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Projection de l’évolution des dépenses de retraite en France

Projection de l’évolution des dépenses de retraite en France
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Variation de la population et de l’emploi des personnes d’âge actif en France

Variation de la population et de l’emploi des personnes d’âge actif en France
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Manifestation contre la réforme des retraites, France, 2008

Manifestation contre la réforme des retraites, France, 2008
Crédits : Franck Crusiaux/ Gamma-Rapho/ Getty Images

photographie

Afficher les 4 médias de l'article


Écrit par :

  • : chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES)

Classification

Voir aussi

Les derniers événements

1er-5 mars 2020 France. Adoption en première lecture de la loi sur la réforme des retraites

réforme des retraites, annoncent leur départ du groupe La République en marche (LRM). Le groupe LRM à l’Assemblée nationale a perdu seize membres depuis 2017. Le 4, l'Assemblée nationale adopte sans vote, en première lecture, le projet de loi ordinaire instituant un régime universel des retraites, après le rejet des motions de censure déposées par  […] Lire la suite

3-29 février 2020 France. Examen du projet de loi de réforme des retraites.

réforme des retraites. Les groupes LFI, socialistes et communistes déposent une motion de censure. Le groupe Les Républicains fait de même. […] Lire la suite

6-30 janvier 2020 France. Poursuite du mouvement de contestation du projet de réforme des retraites.

réforme, continuent d’organiser des actions ponctuelles. Le 24, le conseil des ministres adopte le projet de loi de réforme des retraites, tandis que deux cent quarante-neuf mille manifestants participent à une nouvelle journée nationale d’action. Le 29, une huitième journée d’action réunira cent huit mille manifestants. Le 24 également, le Conseil […] Lire la suite

5-31 décembre 2019 France. Mouvement de contestation de la réforme des retraites.

réforme des retraites, déclare que celle-ci « sera menée à son terme » et demande au gouvernement « qu’il trouve la voie d’un compromis rapide » à son sujet. […] Lire la suite

12-24 septembre 2019 France. Grèves contre le projet de réforme des retraites.

Retraites. Le 21, Force ouvrière, puis le 24 la CGT et Solidaires appellent à la grève et organisent des rassemblements contre le projet de réforme des retraites. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre CONCIALDI, « RÉFORME DES RETRAITES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/reforme-des-retraites/