RÉCEPTION, art et littérature

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Histoire de l'art

En histoire de l'art, l'esthétique de la réception a été adaptée par Wolfgang Kemp, qui, dans Le Spectateur est dans le tableau. Science de l'art et esthétique de la réception (1985), l'envisage comme l'étude des signaux et appels au spectateur présents dans chaque œuvre. Profondément influencée par la critique de Diderot, et surtout par les travaux du grand historien de l'art viennois Aloïs Riegl (en particulier par ses derniers ouvrages, tel celui consacré au Portrait de groupe hollandais, 1902), cette conception de la réception resserre le champ d'analyse en privilégiant l'œuvre et son spectateur. Ici, l'agent le plus actif de la réception est en réalité l'œuvre d'art, dans la mesure où elle détermine de manière quasi structurale sa relation au spectateur. Ce spectateur est une construction de l'artiste : il n'entre pas dans l'intention de Kemp de briser ce type abstrait, de le détacher de l'œuvre pour le situer dans son historicité, en s'interrogeant sur son équipement culturel spécifique, bref, de le transformer en un public admettant des modulations dans la perception des œuvres. À ce titre, Kemp distingue clairement l'« esthétique de la réception » (Rezeptionsästhetik), dont relève précisément l'étude de la présence implicite du spectateur dans les œuvres, des différentes formes d'une « histoire de la réception », qui comprend l'étude de l'évolution des formules artistiques, et que l'on peut également désigner comme l'histoire de l'« effet » produit (Wirkungsästhetik), ou l'histoire de la réception littéraire, la psychologie de la réception et enfin l'« histoire du goût ».

Or certaines de ces dernières catégories, que Kemp a soin de distinguer, correspondent à des domaines de recherche infiniment féconds, qui n'ont guère eu besoin des attendus théoriques de l'esthétique de la réception pour se constituer. Il existait déjà un genre essentiel en histoire de l'art, qui assumait la collecte de certaines catégories de réactions devant les œuvres : la « fortune critique ». Théorisée en Italie dans le sil [...]


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Écrit par :

  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée de lettres modernes, docteure en lettres modernes et en arts du spectacle
  • : ancien pensionnaire à l'Institut national d'histoire de l'art, chargé de cours à l'École du Louvre

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Pour citer l’article

Elsa MARPEAU, François-René MARTIN, « RÉCEPTION, art et littérature », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/reception-art-et-litterature/