REACH (Registration, Evaluation and Authorization of Chemicals)

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Les risques chimiques

Molécules toxiques

On connaît un bon nombre de composés chimiques fortement toxiques, à commencer par des substances naturelles telles que l'aflatoxine des cacahuètes rancies, la tétrodotoxine de petites grenouilles amazoniennes, la toxine des marées rouges ou différents venins. Les modes d'action sont très divers. Ainsi, le safrole [ou 5-(2-propényl)-1,3-benzodioxole, de formule brute C10H10O2] de l'essence de sassafras, du camphrier et de la noix de muscade – que les esclaves noirs mâchaient lors de leur voyage de déportation –, qui sert aussi à fabriquer la drogue ecstasy, est un puissant cancérigène.

Parmi les molécules artificielles, la grande famille des dioxines se caractérise par une toxicité élevée, qui les rend très dangereuses. La plus nocive est la 2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine, dont la dose de risque minimal admis par l'Agency for Toxic Substances and Disease Registry (ATSRD), l'agence américaine chargée de répertorier les substances toxiques, est 0,0002 μg.kg–1.j–1.

Le benzène C6H6 est une molécule à haut risque : lorsque l'odorat le perçoit, le seuil de dangerosité est dépassé, puisque la dose de risque minimal est seulement 0,009 ppm (partie par million), autrement dit 0,3 μg par litre d'air. De façon générale, les solvants organiques, les chlorés en particulier longtemps utilisés comme détachants dans les teintureries, ainsi que le tétrachlorure de carbone CCl4 et le chloroforme (ou trichlorométhane) CHCl3, mais aussi l'acétone (ou propane-2-one) C3H6O, le diméthylsulfoxyde (CH3)2SO, le toluène C7H8... ont des toxicités avérées, altérant la numération sanguine et s'attaquant aux cellules hépatiques.

Certains monomères, utilisés dans la fabrication des polymères et des élastomères, le buta-1,3-diène C4H6 en particulier, sont toxiques. L'acrylonitrile (ou 2-propènenitrile) C3H3N a une dose de risque minimal de 0,1 ppm. Le méthyl-tertiobutyl éther ou MTBE (ou 2-méthoxy-2-méthylpropane) C5H12O, un additif anticognement aux essences pour augmenter leur indice d'octane, a une dose de risque minimal de 2 ppm.

Le chlorure de vinyle (ou chloroéthène) C2H3Cl monomère, qui sert à fabriquer le polychlorure de vinyle ou PVC, a une dose évaluée à 0,5 ppm pour un risque minimal. On découvrit en 1974 qu'il est un puissant cancérigène, cause d'angiosarcomes hépatiques. Des dizaines d'ouvriers de l'industrie chimique, surtout lors du nettoyage de cuves ayant contenu du chlorure de vinyle, en furent victimes. Des Thaïs de tribus du Nord, vivant à Singapour, et faisant leur cuisine dans des récipients en PVC surchauffés, au lieu des bambous traditionnels, furent victimes de mort subite.

Il ne faut pas oublier les éléments ou molécules dont l'absorption, inoffensive à faible dose, est à haut risque à doses élevées répétitives. Le sucre (diabète) et l'alcool en sont des exemples familiers.

Accidents et catastrophes

Accidents domestiques ou limités

Au nombre des composés chimiques les plus dangereux, le gaz de ville est en première ligne. Les accidents sont nombreux, ainsi celui du 28 février 2008 à Lyon (un mort et des blessés) ou ceux des 21 novembre 2007 (un mort) et 18 juillet 2007 (un mort, deux blessés graves) à New York. La fréquence même de telles explosions les met au nombre des faits-divers ! De même, pour ce qui concerne le gaz de camping ; ou encore les redoutables explosions de sciure de bois, ou de farine.

Risque chimique

Photographie : Risque chimique

Dans une cuisine, le risque chimique est omniprésent, de la récolte de champignons mal identifiés à la boîte de conserves avariée (botuline), de la tranche brûlée de pain grillé (goudrons cancérigènes) à l'eau de Javel et autres produits domestiques dangereux, qui devraient être... 

Crédits : Penny Tweedie/ Corbis Documentary/ Getty Images

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Par ailleurs, notre inquiétude focalisée sur les cancers occulte d'autres risques. À titre d'exemple, le point-éclair : d'assez nombreux composés chimiques volatils sont susceptibles de détonner au-dessus d'une certaine température, proche pour certains de la température ambiante, lorsqu'un point d'allumage est placé à moins d'un centimètre. C'est d'ailleurs le cas de mélanges d'alcool et d'eau en certaines proportions.

Catastrophes industrielles

L'industrie chimique a un lourd passif de catastrophes dont plusieurs ont marqué les esprits.

À Minamata (Japon), une unité de production d'acétaldéhyde (ou éthanal) CH3CHO de la société Shin Nippon Chisso utilisait du sulfate de mercure comme catalyseur. Rejeté dans la mer de 1932 à 1968, le mercure, sous la forme de chlorure de méthylmercure CH3HgCl toxique, contamina la chaîne alimentaire. Se nourrissant de poisson, les habitants de Minamata furent empoisonnés – l'intoxication fut observée dès 1956 –, avec 2 265 victimes officiellement recensées (mais bien davantage en réalité), dont 43 enfants mort-nés et 22 cas de malformation cérébrale.

La catastrophe de Seveso intervint le 10 juillet 1976. Il y eut surchauffe d'un réacteur fabriquant du 2,4,5-trichlorophénol, à partir de 1,2,4,5-tétrachlorobenzène et de polyéthylène glycol. Un nuage contenant de la 2,3,7,8-tétrachlorodibenzodioxine, la plus nocive de cette famille de composés chimiques, s'échappa de l'usine chimique Icmesa, propriété de Givaudan, et se répandit sur la plaine lombarde en Italie. Quatre communes, dont Seveso, furent touchées. Un à cinq kilogrammes de dioxine furent dispersés. Il n'y eut aucune mort humaine, mais des cas de chloracné. Des milliers de têtes de bétail furent abattues.

La catastrophe de Bhopal, survenue la nuit du 3 décembre 1984, fut particulièrement meurtrière. L'explosion d'une usine de pesticides d'Union Carbide libéra 40 tonnes d'isocyanate de méthyle CH3NCO dans l'atmosphère, tuant entre 16 000 et 30 000 personnes, dont 8 000 la première nuit.

Catastrophe chimique de Bhopal

Photographie : Catastrophe chimique de Bhopal

Deux victimes du nuage toxique à Bhopal, en Inde, le 3 décembre 1984. Plusieurs milliers de personnes ont péri à la suite de la catastrophe qui a également fait plus de deux cent mille blessés. 

Crédits : Getty

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L'incendie de l'usine chimique de Sandoz en 1986 conduisit à une pollution du Rhin, qui servait alors d'égout à l'industrie chimique bâloise. Le fleuve fut contaminé sur tout son cours et connut un désastre écologique.

Le Rhin à Sankt Goarshausen

Photographie : Le Rhin à Sankt Goarshausen

La vallée du Rhin à Sankt Goarshausen, le château de Katz et, au second plan, la roche de la Lorelei (Palatinat, Allemagne). Aux périls du fleuve dont les poètes romantiques firent la légende, notre époque a superposé les risques dus à la pollution chimique. En 1986, lorsque les médias... 

Crédits : Michael Runkel/ Publisher Mix/ Getty Images

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Une explosion de nitrate d'ammonium NH4NO3 se produisit à Toulouse, le 21 septembre 2001, à l'usine d'engrais Grande Paroisse [souvent appelée AZF (Azote Fertilisants), mais cette société avait fusionné en 1987, sous le nom de Grande Paroisse, avec la Société chimique de la Grande Paroisse]. Cette catastrophe, la plus importante jamais survenue dans une usine chimique française, coûta la vie à 30 personnes, fit plus de 2 000 blessés, détruisit 600 foyers et endommagea 10 000 bâtiments.

Prolifération de nouvelles molécules

Un organisme américain, Chemical Abstracts, qui dépend de la Société chimique américaine, répertorie de longue date les moléc [...]

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Risque chimique

Risque chimique
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Catastrophe chimique de Bhopal

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Le Rhin à Sankt Goarshausen

Le Rhin à Sankt Goarshausen
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Ben Johnson

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  • : professeur honoraire à l'École polytechnique et à l'université de Liège (Belgique)

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Pour citer l’article

Pierre LASZLO, « REACH (Registration, Evaluation and Authorization of Chemicals) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/reach/