RAPATRIÉS

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Les retours

Le mot rapatriés doit être pris ici dans une acception précise. Il ne s'applique pas aux grands échanges des populations organisés par des traités bilatéraux, notamment au lendemain de la Première Guerre mondiale et dont l'échange des populations gréco-bulgare et gréco-turque sont, en 1919 et en 1923, les meilleurs exemples (convention annexe au traité de Neuilly du 27 nov. 1919 et du traité de Lausanne du 30 janv. 1923). Pas plus ne sont concernés les énormes transferts de populations qui, sous le nom général de « personnes déplacées », ont marqué, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les changements politiques et frontaliers de l'Europe orientale et centrale. Les rapatriés sont, ici, les personnes revenant ou venant en métropole du fait de la décolonisation des possessions européennes. Elles ne sont pas toutes et de loin natives d'Europe. Combien de rapatriés n'avaient jamais connu la « patrie » qui les recevait ? Elle leur était parfois entièrement étrangère. Parmi eux se trouvaient aussi des « indigènes » que chassait, dans l'indépendance nouvelle des États, la fidélité à l'ancienne métropole.

Le mot implique, en outre, un élément de contrainte qui le distingue des mouvements migratoires volontaires et des retours habituels que l'histoire de la colonisation avait toujours connus. Le départ, l'admission et le sort de ces rapatriés sont généralement fixés par des textes législatifs ou administratifs qui en déterminent le mode et le statut. Le mouvement dans son ensemble s'étend sur environ un tiers de siècle et porte sur une masse importante de personnes de l'ordre de 4 à 4 millions et demi, mais avec des phases d'activité ou de ralentissement qui correspondent aux étapes et aux formes de la décolonisation propre à chaque pays.

Les premiers rapatriés sont ceux qu'entraîne la perte des colonies italiennes par les défaites de 1941-1943 et par les décisions des accords de paix concernant l'Italie et ses anciennes possessions.

Italie

Les communautés italiennes furent en effet les premières touchées (tabl. 1 et 2). Une partie avait été rapatriée avant les défaites (notamment tous les enfants et adolescents de Libye), la plupart des autres étant internées localement ou dans les colonies des Alliés jusqu'à l'armistice. Des quelque 500 000 Italiens installés en 1940 outre-mer, les quatre cinquièmes étaient rentrés au lendemain de la guerre. Une minorité s'efforça de se réadapter à la vie locale dans les territoires désormais administrés par les Britanniques. Au moment du traité de paix, en 1947, il en restait quelque 45 000 en Libye, 4 000 en Érythrée, surtout à Massawa, moins de 2 000 en Éthiopie et quelques milliers en Somalie. Les émeutes anti-italiennes de Libye (nov. 1945-mai 1949), d'Érythrée (automne de 1949), de Somalie (juin 1948) faisant plus de 200 morts au total, la perte des colonies, en dehors du Trusteeship (tutelle) sur la Somalie, accélèrent les derniers départs. Au total, près des neuf dixièmes des Italiens des anciennes colonies étaient rentrés dans la métropole en 1950. Il faut y ajouter, encore qu'il ne s'agisse que d'une colonie « informelle », les Italiens de Tunisie. Ils avaient joui jusqu'en 1943 d'une situation de quasi-autonomie dans le protectorat, disposant de privilèges individuels et collectifs confirmés en 1935. La dénonciation de ces conventions par la France, à laquelle l'Italie dut souscrire en 1945, les ramena au droit commun. Certains retrouvèrent le chemin de l'Italie où les avaient précédés ceux que le gouvernement français avait renvoyés, en 1945, pour leurs activités fascistes antérieures (8 000).

Européens dans les colonies italiennes, 1940-1975

Tableau : Européens dans les colonies italiennes, 1940-1975

Population européenne des colonies italiennes entre 1940 et 1975. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Italiens en Afrique du Nord, 1940-1975

Tableau : Italiens en Afrique du Nord, 1940-1975

Population italienne d'Afrique du Nord. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'indépendance de la Tunisie, les mesures d'expulsion décidées par les autorités libyennes, frappant en 1970 près de 15 000 Italiens, achevèrent de ruiner ce peuplement colonial. Sur les 300 000 Italiens qui résidaient en Afrique orientale en 1941, il ne resta que quelques centaines d'« ensablés », comme ils furent appelés avec un mélange de mépris et de pitié. De ces retours, ceux qui frappèrent le plus l'opinion italienne, bien qu'ils fussent les moins nombreux, furent ceux de la Tunisie proche.

Pays-Bas

À ces mouvements émiettés, relativement lents, de 1941 aux années 1970, formés d'élément [...]

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Européens dans les colonies italiennes, 1940-1975

Européens dans les colonies italiennes, 1940-1975
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Italiens en Afrique du Nord, 1940-1975

Italiens en Afrique du Nord, 1940-1975
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Rapatriés en France, 1955-1961

Rapatriés en France, 1955-1961
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Retour de colons belges du Congo, 1960

Retour de colons belges du Congo, 1960
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Pour citer l’article

Jean-Louis MIÈGE, « RAPATRIÉS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rapatries/