FASSBINDER RAINER WERNER (1945-1982)

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Le mélodrame comme révélateur

Dans les premiers films, l'influence du cinéma français lié à la Nouvelle Vague est patente. De Jean-Pierre Melville Fassbinder reprend la typification des films de gangsters – où l'amitié virile, les manipulations d'une organisation mafieuse et le poids du destin jouent un rôle essentiel – bien que les cadrages ou les attitudes soient directement issus de l'expérience théâtrale de son équipe (L'amour est plus froid que la mort ; Liebe ist kälter als der Tod, 1969 ; Les Dieux de la peste ; Götter der Pest, 1969). De Godard, les plans et les mouvements de caméra répétés à l'identique avec des personnages différents (Katzelmacher, 1969, tiré de sa propre pièce de théâtre traduite en français sous le titre Le Bouc).

Prenez garde à la sainte putain (Warnung vor einer heiligen Nutte, 1970) révèle une approche déjà plus professionnelle. Témoignage indirect sur son travail de création, il annonce les films « personnels » que certains critiques allemands ont opposés aux films « officiels » que seraient les mélodrames et les œuvres qui passent, à tort ou à raison, pour des commandes de producteurs (Despair, 1977 ; Lili Marleen, 1980). Considéré comme l'apôtre du mélodrame distancié, Fassbinder a ensuite joué habilement des thèmes et des formes d'un genre tombé en désuétude, qu'il pensait comme impossible à faire renaître sans modifier le regard du cinéaste. Et il a pu introduire, grâce à sa pratique d'homme de théâtre et à une réflexion sur l'impossible premier degré de l'émotion, des modalités qui ont rendu féconde la contradiction entre deux termes en apparence incompatibles, le mélodrame et la distanciation. Dans Le Marchand des quatre-saisons, il semble encore jouer avec les stéréotypes, une démarche qui s'affine avec les images figées et les schémas narratifs de Tous les autres s'appellent Ali. À l'inverse, dans Maman Kuster s'en va au ciel, il introduit une sorte de didactisme brechtien. L'équili [...]

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Pour citer l’article

Daniel SAUVAGET, « FASSBINDER RAINER WERNER - (1945-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rainer-werner-fassbinder/