RAÏ, musique

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Expansion du raï

De l'autre coté de la Méditerranée, alors que s'amorce la vague de la world music, dont Paris est l'épicentre, le festival de Bobigny de 1986 donne le départ de la médiatisation du phénomène raï. La chanteuse Chaba Fadela s'y produit après une éclipse : en 1983, elle y avait interprété son succès N'sal fik (« Tu es à moi »), avec son mari Cheb Sahraoui, chanteur aux mélismes* rappelant le flamenco. L'influence arabo-andalouse est encore plus sensible dans le chant de Cheb Hamid, un interprète qui se situe dans la plus pure tradition des artistes semi-professionnels du bled.

Les années 1990 sont marquées en Algérie par des événements sanglants qui touchent les musiciens : le chanteur de « raï love » Cheb Hasni et le poète berbère Lounès Matoub sont assassinés, le premier le 29 septembre 1994, le second le 25 juin 1998.

Lounès Matoub

Photographie : Lounès Matoub

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Né en 1956, le poète et chanteur berbère Lounès Matoub, chantre de la laïcité et de la culture kabyle, est enlevé par le Groupe islamique armé le 25 septembre 1994. Libéré quinze jours plus tard, il sera assassiné le 25 juin 1998, vraisemblablement par un commando d'intégristes. Il est... 

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Par ailleurs, l'absence de gestion collective du droit d'auteur en Algérie et le système de création des œuvres fondé sur le retraitement d'un matériaux mélodique et textuel traditionnel posent le problème de la réelle originalité des chansons. Cela se traduit par des conflits entre artistes au sujet de la paternité des œuvres, un phénomène courant dans les musiques populaires (le rock and roll ou la musique africaine moderne en fournissent d'autres exemples). L'expansion du raï hors de l'Algérie sera également longtemps freinée par le mode de diffusion des boutiques du quartier parisien de Barbès, qui lèse les artistes : pas de droit d'auteur, pas de versement proportionnel aux ventes.

En 1992, l'album Didi de Khaled est produit par une major, Barclay, et fait danser les jeunes de toute origine, ce qui sort cette musique de son cadre communautaire. La musique des cabarets oranais s'est, au passage, largement adaptée aux oreilles occidentales, même si l'ancien cheb redécouvre les racines arabo-andalouses de sa musique. Les rythmes à 6/8 (marocains ou égyptiens) et 4/4 dédoublés laissent la place à des boucles de batterie échantillonnées qui rappellent le hip-hop. Les arrangements programmés à l'aide d'ordinateurs remplacent le charme dés [...]


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Eugène LLEDO, « RAÏ, musique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rai-musique/