QUESTIONS DE STYLE. FONDEMENTS D'UNE HISTOIRE DE L'ORNEMENTATION (A. Riegl)Fiche de lecture

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Ornement et style

Questions de style traite de l'évolution des motifs végétaux dans l'art ornemental de l'Antiquité. Fleurs de lotus, palmettes, rinceaux, feuilles d'acanthe : les virtualités formelles dont ces motifs sont porteurs en faisaient un objet idéal pour mettre à nu des lois autonomes de transformation des formes. C'est essentiellement contre l'« évolutionnisme matérialiste » de l'architecte et historien d'art Gottfried Semper ou du sculpteur Adolf Hildebrand, selon qui trois facteurs, le matériau, la technique et la fonction de l'œuvre, déterminaient le style, que Riegl développe sa propre théorie de l'évolution des formes. Traitant tout d'abord du « style géométrique » des peuples préhistoriques, Riegl récuse l'idée selon laquelle il en trouverait l'unique source dans l'art textile. Dessins gravés et inscriptions sur des ossements d'animaux attestent que l'ornementation géométrique se développa autant dans les « arts plastiques » que dans ce que Riegl nomme, après Semper, les tressages des « arts de surface ». Suit une courte mise au point sur « L'art héraldique », qui précède un très long chapitre sur « Les débuts de l'ornementation végétale et le développement du rinceau ornemental », qui constitue le cœur de l'argumentation de Riegl. Partant de l'invention du motif du lotus dans l'art égyptien, faisant un détour par les spirales dans l'art des Maoris, Riegl montre que le développement du motif de la palmette en Mésopotamie, en Phénicie et en Perse, constitue déjà une évolution vers la « pure ornementalité ». Le rinceau végétal au mouvement rythmé, invention de l'art grec, est un motif dont Riegl était convaincu qu'il répondait, de l'art mycénien au style du Dipylon, de Milo à Rhodes, à la recherche d'une « totale liberté » ornementale. L'analyse que fait Riegl de l'apparition du motif de l'acanthe, composante essentielle du chapiteau corinthien, est célèbre. Sur la tombe d'une jeune fille de Corinthe aurait été déposée une corbeille autour de laquelle allait s'enrouler une acanthe. Vitruve, qui prenait au sérieux la légende, affirme que le sculpteur grec Callimachos se serait alors inspiré de cette corbeille enlacée des feuilles de la plante pour créer le chapiteau corinthien. Or, comme Riegl le montre, la naissance de la feuille d'acanthe fut au contraire le résultat d'un long processus par lequel le motif de la palmette, utilisé dans l'art archaïque, se trouvait transformé. Riegl évoque un dernier motif, celui de l'arabesque dans l'art byzantin et dans l'art islamique, ultime étape de l'évolution du motif ornemental de l'Antiquité.

Le formalisme à l'œuvre dans Questions de style est sous-tendu par une idée simple, mais qui engendre dans l'exposé de Riegl des cheminements complexes : l'art est un « instinct », une force qui trouve le principe premier de ses transformations dans la nature (« Tout art, et partant l'art décoratif, entretient un lien indissoluble avec la nature », écrit Riegl) : il évolue ensuite de manière de plus en plus autonome, selon des desseins strictement artistiques. Autre idée essentielle, qui devait servir de principe organisateur dans l'œuvre ultérieure de Riegl : les traits stylistiques les plus manifestes dans l'art d'une période renvoient à ce qu'il nomme alors une « pulsion artistique immanente ». Ce qu'il nommera plus tard « volonté d'art » (Kunstwollen).

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Écrit par :

  • : ancien pensionnaire à l'Institut national d'histoire de l'art, chargé de cours à l'École du Louvre

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François-René MARTIN, « QUESTIONS DE STYLE. FONDEMENTS D'UNE HISTOIRE DE L'ORNEMENTATION (A. Riegl) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/questions-de-style-fondements-d-une-histoire-de-l-ornementation/