PURISME, mouvement artistique

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Du cubisme au purisme

La première apparition du mot « purisme » se trouve dans le huitième et dernier numéro (décembre 1916) de L'Élan, revue au titre patriotique fondée en avril 1915 par Amédée Ozenfant (1886-1966), et qui participa activement à la défense « nationaliste » du cubisme (sous la plume d'André Lhote par exemple). Dans un article polémique, intitulé « Notes sur le cubisme », Ozenfant dressait un bilan en demi-teinte du cubisme, étape nécessaire mais insuffisante de la rénovation de l'expression picturale. Si « le cubisme a réalisé déjà en partie son dessein puriste de nettoyer la langue plastique des termes parasites », disait-il, il n'en est pas moins resté en chemin ; « le cubisme est un mouvement de purisme » qui doit être porté plus loin. Ozenfant, à partir de ce constat, a déjà jeté les notes de ce qui constituera une grande part d'Après le cubisme, lorsqu'il rencontre, à la fin de l'année 1917, par l'intermédiaire de l'architecte Auguste Perret, l'un des anciens dessinateurs de ce dernier : Charles Édouard Jeanneret (1887-1965), qui se fera connaître comme architecte, à partir de 1920, sous le pseudonyme de Le Corbusier. Leur complicité intellectuelle immédiate se fonde sur une complémentarité exemplaire : Ozenfant fait découvrir à son ami l'avant-garde picturale, il le met au courant des débats qui la traversent et l'incite à commencer une carrière de peintre, tandis que Jeanneret, de son côté, stimule l'intérêt d'Ozenfant pour le modernisme industriel en lui faisant partager son expérience des milieux du Deutscher Werkbund. Son apport à la réflexion du peintre se décèle dans de constantes références à l'existence d'un « esprit moderne », devant générer « un art conscient », et leurs sensibilités respectives se rencontrent dans la croyance en l'existence de lois, fondées sur le nombre et sur un catalogue de réactions psycho-sensorielles, devant diriger l'expression artistique.

C'est à partir du bilan mitigé qu'Ozenfant avait dressé du cubisme qu'ils décident de mettre leurs idées en commun ; Après le cubisme s'ouvre sur la critique de « cet art trouble d'une époque trouble », qui ne serait demeuré qu'« un art décoratif, ornemental, romantique » ; ils reprochent au cubisme son « indifférence à la vie moderne » et déplorent le fossé qu'il a laissé s'installer entre lui et la pensée scientifique de son temps, que de fumeuses théories, celles de la quatrième dimension, n'avaient pas été à même de combler. À l'inverse, le purisme est la tentative de définition d'un grand art, clair et concerté, solidaire de la science, avec laquelle il aurait en commun l'usage du nombre, l'idéal de la généralisation – qui est « la plus haute fin » et la « plus haute délectation de l'esprit » – et la recherche assidue de constantes et de lois : « De l'œuvre, disent Ozenfant et Jeanneret, doit se dégager une loi. » En art, ces lois se nomment invariants et sont en cohérence avec celles de la nature, que les puristes ne voient pas « comme une féerie sans plan, mais comme une machine » : « Les lois nous permettent de considérer que la nature agit à la manière d'une machine. »

Mais, en dépit de références constantes à un modèle mécaniste, la théorie puriste donne la définition d'un art classique au sens fort du terme : elle met en avant le caractère réfléchi et conscient de cet art, où le dessin prime sur la couleur, la conception sur l'exécution, le contrôle de la raison sur l'empirisme et le hasard, le statisme et la permanence sur l'accidentel et le pittoresque. Pour les puristes, l'âge de la machine réalise le rêve des Grecs, il est conduit par le même esprit de rigueur : « Jamais depuis Périclès la pensée n'avait été aussi lucide. [...] Une œuvre vraiment puriste doit vaincre le hasard, canaliser l'émotion ; elle doit être la rigoureuse image d'une conception rigoureuse : par une conception claire, purement réalisée, offrir des faits à l'imagination. L'esprit moderne l'exige ; cette nouveauté pour notre époque rétablira le lien avec l'époque des Grecs. » Plus tard, Le Corbusier fera partager son émoi pour le Parthénon en comparant la rigueur de sa modénature à celle du travail de l'ingénieur et la perfection de ses lignes et de ses surfaces à celle de l'acier décolleté et poli. La machine devient l'étalon d'une beauté précise, intelligente, utile et économique : la beauté moderne, qui ne con [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Grenoble-II-Pierre-Mendès-France

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Pour citer l’article

Arnauld PIERRE, « PURISME, mouvement artistique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/purisme-mouvement-artistique/