PSYCHOTHÉRAPIE

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Psychothérapie et psychothérapies

Une présentation historique des méthodes psychothérapiques correspond sans doute aux faits. Chacune d'elles est née dans un contexte donné et s'est située à un moment de l'évolution du mouvement psychothérapique, en fonction d'un stade de la pratique psychiatrique et aussi par rapport à des influences culturelles. On s'étonnera qu'il n'ait pas encore été possible d'étudier ces méthodes dans leur ensemble, de les comparer, de définir leurs indications respectives et les procédés psychologiques qu'elles utilisent. Mais, tandis qu'il était possible d'ironiser, comme le faisait Janet au milieu des années 1920, sur le caractère « moliéresque » de leurs affrontements, un changement s'est opéré depuis lors : les psychothérapeutes se rassemblent en groupements et sociétés et cherchent, non sans peine, un langage commun. Certains veulent considérer la psychothérapie comme un tout et négligent les particularités techniques au profit de la relation thérapeutique elle-même (A. Berge). Il est vrai que les méthodes ne peuvent être considérées comme des médicaments différents dont on devrait préciser le mode d'action et l'utilité. Beaucoup d'entre elles, d'inspirations très différentes, cherchent à remédier aux mêmes difficultés. Chaque psychothérapeute, en raison de dispositions personnelles, se trouve plus à l'aise pour utiliser une méthode plutôt qu'une autre et tend à l'appliquer à tous ses patients. Cela explique pourquoi les écoles s'opposèrent au départ et pourquoi actuellement les échanges entre psychothérapeutes portent plutôt sur des problèmes communs que sur les confrontations méthodologiques.

La situation est rendue encore plus complexe en raison de la place qu'occupe la psychanalyse. Pour les uns, en général psychothérapeutes sans formation psychanalytique, la psychanalyse est une méthode parmi d'autres. Chez les psychanalystes, on peut discerner deux points de vue : tantôt ils se désintéressent des autres techniques, qui leur apparaissent des succédanés ou l'expression d'une résistance à la psychanalyse ; tantôt ils acceptent le pluralisme d'un point de vue thérapeutique, mais considèrent que la méthode psychanalytique demeure l'instrument privilégié pour étudier les processus psychiques et les changements thérapeutiques, un cadre de référence irremplaçable pour définir les modes d'action des autres psychothérapies. Très rares sont les études qui ont cherché à comparer non les théories, mais la pratique effective des psychothérapeutes. Elles démontrent, en général, que, en dépit des théories, les attitudes des thérapeutes, qu'ils fussent élèves de Freud, d'Adler ou de Rogers, étaient très voisines, et que les différences s'accusaient en proportion de l'âge et de l'expérience plus qu'en fonction de l'appartenance doctrinale.

Pour situer les diverses pratiques psychothérapiques dans un cadre commun sans négliger leur spécificité, il faudrait dégager plusieurs paramètres et définir chaque forme d'intervention psychothérapeutique en fonction de différents axes de référence. Il paraît nécessaire de dégager au moins trois repères : le mode d'expression, le mode d'intervention, le niveau de régression. Le mode d'expression varie surtout chez l'enfant, lequel s'exprime, selon l'âge, par le jeu, le dessin ou le modelage, l'improvisation dramatique, plus volontiers que par la parole. Le mode d'intervention du psychothérapeute va de la non-intervention radicale (non-directivité de Rogers, techniques d'expression pure chez l'enfant) à des attitudes directives (suggestion hypnotique, psychothérapies de soutien). La plupart des méthodes se situent entre ces deux extrêmes, le psychothérapeute intervenant habituellement pour stimuler un mode d'activité et renforcer des prises de conscience (rêve éveillé, analyse existentielle) ou pour interpréter des déterminations inconscientes (psychanalyse et méthodes dérivées). Le niveau de régression pose des problèmes techniques et cliniques plus complexes. Deux modes de régression (si l'on suit la terminologie de Freud) sont, en effet, liés. L'un concerne le mode d'activité mentale (régression formelle) : tantôt dominent les processus rationnels de la pensée ou de l'activité adaptée (processus secondaires), tantôt l'emportent les processus qu'on observe dans le rêve, les rêveries diurnes, et en général dans les activités qui laissent le champ plus ou moins libre aux fantaisies inconscientes (processus [...]

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  • : professeur de psychiatrie à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, chef de service de psychiatrie (adultes) au groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière

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Pour citer l’article

Daniel WIDLÖCHER, « PSYCHOTHÉRAPIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/psychotherapie/