PSYCHOLOGIE ET JUSTICE

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De la survenue des faits à l’enquête

À la suite d’un événement criminel, les victimes et témoins – ces deux termes renvoient à deux statuts juridiques distincts, mais le terme « témoin » est utilisé de façon générique dans les recherches et pourra par la suite renvoyer soit à une victime, soit à un témoin – peuvent décider de demander l’ouverture d’une enquête en signalant les faits aux autorités compétentes. Les psychologues travaillant au sein d’associations d’aide aux victimes ou de certains commissariats de police leur prodiguent conseils et soutiens. L’enquête débute par une recherche de preuves dont l’une des plus importantes, mais aussi l’une des plus fragiles, reste la preuve testimoniale, importante car les preuves physiques ou matérielles sont parfois insuffisantes, voire inexistantes ; fragile aussi car la qualité d’un témoignage est soumise aux aléas du fonctionnement de la mémoire et à la façon dont les témoignages sont recueillis.

Quand l’événement est chargé en émotions

Un des facteurs indissociables des événements criminels est l’émotion vécue par le témoin. Or, une émotion particulièrement forte vécue au moment des faits a des effets néfastes sur la mémorisation des détails du crime comme sur l’identification ultérieure de son auteur. Une illustration de l’influence d’une émotion aiguë sur la qualité des témoignages est un phénomène appelé « effet de focalisation sur l’arme » : la description de l’auteur d’un crime est d’autant plus difficile que ce dernier a été commis à l’aide d’une arme. Ce phénomène s’explique par la concentration de l’attention sur celle-ci et non sur le visage de celui ou celle qui la porte, en raison soit de la menace que fait peser l’objet sur la survie du témoin, soit de son caractère inhabituel ou inattendu au regard du contexte dans lequel se trouve le témoin. Cependant, l’arme ne capture pas l’attention de façon automatique. Les psychologues peuvent donc dispenser des formations relatives à l’effet de focalisation sur l’arme aux personnes susceptibles d’être exposées à des vols à main armée. D’autres caractéristiques des faits criminels, telles que leur répétition dans le temps, que nous ne développerons pas ici, peuvent également influencer la qualité du témoignage ultérieur.

Veiller au délai des auditions

S’il est possible d’auditionner un témoin le jour même des faits, un second entretien est parfois nécessaire pour obtenir des compléments d’information. Des enquêtes sont également ouvertes après qu’un laps de temps, parfois important, s’est écoulé depuis les faits. Or, plus le délai entre un événement et son rappel, ou entre deux auditions, est long, plus la force des traces mnésiques peut décliner et plus les opportunités de discussion entre le témoin et un tiers (famille, ami, médecin, thérapeute, etc.) se multiplient. Or, de telles discussions postévénementielles peuvent avoir un effet néfaste sur la fiabilité ultérieure du témoignage. Fixer un délai court permet ainsi de réduire les difficultés de récupération des souvenirs du témoin. En outre, cela limite le risque que des questions dirigées – qui induisent une réponse attendue ou souhaitée – ou suggestives – qui induisent une information pouvant être erronée – soient posées au témoin et contaminent ses souvenirs. À ce titre, il est important de connaître également les conditions entourant les toutes premières révélations du témoin, et en particulier la nature des questions qui ont pu lui être posées pour initier ou soutenir son récit initial.

L’âge du témoin : un autre élément central

Il est de coutume de considérer qu’un jeune enfant ou une personne âgée fourniront une description moins détaillée des faits qu’un adolescent ou un adulte. Leurs réponses aux questions dirigées et suggestives sont également plus sujettes aux erreurs et aux inventions car ces populations sont connues pour leur grande suggestibilité. Pour Stephen J. Ceci et Maggie Bruck (L’Enfant-témoin paru en 1998), la suggestibilité correspond à « la propension avec laquelle l’encodage [perception des faits], le stockage [maintien en mémoire], la récupération [recherche en mémoire] et le compte-rendu d’événements peuvent être influencés par une série de facteurs sociaux et psychologiques ». En raison du développement de leurs connaissances conceptuelles et générales sur le monde, les adolescents sont également enclins à commettre des erreurs pour le moins singulières : faire part de tout ou partie d’un événement q [...]

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Écrit par :

  • : docteure en psychologie, maître de conférences en psychologie sociale expérimentale, université de Toulouse-Jean-Jaurès

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Pour citer l’article

Fanny VERKAMPT, « PSYCHOLOGIE ET JUSTICE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/psychologie-et-justice/