PS (Parti socialiste), France

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La conquête du pouvoir (1965-1981)

Une stratégie et un leader incontestés

L'histoire du renouveau du PS ne débute pas avec le congrès d'Épinay de juin 1971. Ce congrès n'est qu'une étape dans un processus de rapprochement électoral avec le PCF et d'agrégation de différents partis et clubs de la gauche non communiste, commencé au cours des années 1960. La campagne présidentielle de Mitterrand en 1965 en a été un épisode essentiel. Après avoir réussi le double exploit d'être reconnu comme le candidat unique de la gauche et de mettre en ballottage le général de Gaulle, Mitterrand prend la tête d'une coalition de partis : la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS). Composée de radicaux, de socialistes et de conventionnels – tels qu'on nomme les membres de la Convention des institutions républicaines (CIR) créée en 1965 pour soutenir la candidature de Mitterrand –, la FGDS négocie un accord politique avec le PCF en vue des élections législatives de 1967, au cours desquelles elle remporte un quart des sièges. Mai-1968 interrompt cette double dynamique de rassemblement. La gauche se présente divisée à l'élection présidentielle de 1969 et le candidat de la SFIO, Gaston Defferre, est très sévèrement battu (5,01 p. 100). Il est talonné par Michel Rocard, candidat du Parti socialiste unifié (PSU) (3,61 p. 100), et largement distancé par Jacques Duclos, le candidat communiste (21,27 p. 100). Cette débâcle conduit au retrait de Guy Mollet au profit d'Alain Savary et à une première refondation du parti, rebaptisé nouveau PS. Dès cette date, les instances dirigeantes nationales et fédérales sont fortement renouvelées et rajeunies. Mais Mitterrand refuse de rejoindre la nouvelle formation. Le pas est franchi en 1971, après que les dirigeants du nouveau PS eurent accepté une surreprésentation de la CIR, créditée de 12 000 adhérents, soit 15 p. 100 de l'ensemble. Dans la foulée, avec l'appui d'une partie de l'aile social-démocrate de l'ancienne SFIO (pour l'essentiel les fédérations du Nord de Pierre Mauroy et des Bouches-du-Rhône de Gaston Defferre) et de son aile néomarxiste (le CERES), Mitterrand est désigné de justesse premier secrétaire de ce qui se nomme désormais officiellement le Parti socialiste.

Ce succès, Mitterrand et son équipe ont pu l'obtenir grâce à leur acceptation d'une réforme statutaire qui va durablement modeler le PS : l'abandon du scrutin majoritaire au profit de la représentation proportionnelle dans la répartition des postes de direction à tous les échelons du parti. Si l'histoire propre de certaines fédérations et le poids de certains notables maintiennent, ici ou là, des logiques de fonctionnement majoritaire, voire unanimiste, l'histoire des congrès socialistes prendra à compter de cette date la forme d'alliances au sommet négociées entre les leaders des principaux courants. Les courants s'organisent en conséquence en effectuant un important travail de mobilisation et de démarcation, notamment par le biais d'une foisonnante production programmatique et doctrinale. L'appartenance à un courant s'impose peu à peu à tout prétendant à une responsabilité, quel que soit le niveau où il se situe (national, fédéral, local). Cette concurrence favorise l'entrée de nouveaux adhérents, individuellement mais aussi collectivement, comme en 1974, à la suite des Assises du socialisme, avec l'arrivée, selon les estimations, de 4 000 à 5 000 militants du PSU et de la CFDT qui se reconnaissent en Michel Rocard. Ces derniers n'auront de cesse de cultiver leurs différences en se présentant comme une « deuxième gauche » antijacobine et autogestionnaire jusqu'à tenter, en vain, de remettre en question le leadership de Mitterrand au lendemain de la défaite aux législatives de 1978, lors du congrès de Metz en avril 1979.

Le renouveau militant et électoral des années 1970

La force d'attraction du PS au cours des années 1970 repose en effet sur l'affirmation progressive de la suprématie de François Mitterrand. L'accélération de la mise en œuvre de la politique d'union de la gauche, qui se traduit par la signature d'un programme commun de gouvernement le 27 juin 1972 et la généralisation du principe de désistement pour le candidat de gauche le mieux placé au second tour, puis l'élection présidentielle de 1974, au cours de laquelle Mitterrand est, comme en 1965, le candidat de toute la gauche dès le premier tour, et manque de peu d'être élu (49,2 p. 100), lui confèrent une légitimité supérieure à tous les autres dirigeants socialistes. Il se voit en outre largement imputer les succès électoraux du parti et son renouveau militant. De fait, en dix ans, le PS aura réussi à dépasser puis distancer le PCF dans les urnes et à multiplier par 2,5 son nombre d'adhérents, lequel atteint 196 500 en mai 1981.

Cette croissance, tant électorale que militante, concerne surtout des zones de traditionnelle faiblesse de la SFIO, ce qui conduit à un rééquilibrage géographique mais aussi social de l'implantation du PS. Le développement du parti est très fort en milieu urbain, notamment dans des villes ou des quartiers nouveaux, et dans des régions de tradition catholique comme la Bretagne, les Pays de Loire ou la Lorraine. Des fédérations jusqu'alors anémiques augmentent considérablement leurs effectifs, tandis que les vieux bastions du Nord-Pas-de-Calais, du Sud-Ouest (Gironde, Landes, Haute-Garonne, Ariège...) et du Sud-Est (Hérault, Aude, Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Var...), stagnent et voient leur poids relatif diminuer. C'est en Île-de-France (10 p. 100 des effectifs du parti) et en Rhône-Alpes (7 p. 100), cœur de la France moderne, que l'essor militant, et dans une moindre mesure l'essor électoral, est le plus grand.

Cet important renouvellement s'accompagne d'une forte valorisation du militantisme. On redécouvre des militants socialistes distribuant des tracts ou collant des affiches à la porte des usines ou encore des banderoles et des élus du PS dans le cortège des manifestations. Des groupes d'entreprises sont créés. Les « notables », stigmatisés comme clientélistes, prêts à tous les compromis et coupés des travailleurs font figure de repoussoirs. Les statuts adoptés en 1974 leur imposent de nouvelles obligations, telles que l'engagement écrit de démissionner en cas d'abandon du parti, la discipline de vote au sein du groupe parlementaire et sa subordination au parti, la cotisation obligatoire. La présence des élus dans les instances du parti est plafonnée, de même qu'est interdit le cumul de certains mandats électifs (parlementaire, président de conseil général ou régional) avec la fonction de premier secrétaire fédéral, et du mandat de mair [...]

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François Mitterrand, 1981

François Mitterrand, 1981
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Pierre Mauroy, Premier ministre français de 1981 à 1984

Pierre Mauroy, Premier ministre français de 1981 à 1984
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Martine Aubry, 2007

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Pour citer l’article

Frédéric SAWICKI, « PS (Parti socialiste), France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ps-parti-socialiste-france/