PROTECTIONNISME

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Libre-échange et protectionnisme

Le débat sur les avantages respectifs de la protection et du libre-échange est aussi ancien que la science économique elle-même. Le courant mercantiliste, qui a dominé la pensée économique entre le xvie siècle et la première moitié du xviiie siècle, considère que les États doivent intervenir activement afin d'obtenir, chacun en ce qui le concerne, un solde commercial excédentaire. Cela implique de protéger les activités nationales contre la concurrence des autres grandes puissances et de promouvoir les exportations. En effet, dans la conception mercantiliste, l'excédent commercial est source de richesse pour la nation, puisque son financement fait entrer des métaux précieux dont la présence accroît le pouvoir militaire et donc le poids politique de l'État. Cette vision des relations économiques avec les pays étrangers correspond alors aux politiques effectivement adoptées par les États qui, à cette époque, considèrent comme normal de mettre des barrières aux importations et d'apporter des aides aux activités d'exportation.

Les avantages comparatifs

Les économistes de l'école classique, en particulier David Ricardo (1772-1823), rejettent la vision mercantiliste. Dans leur conception, la richesse d'une nation s'identifie non pas au stock d'or et d'argent détenu par l'État, mais à la masse des marchandises qu'elle peut consommer. Ricardo démontre que la suppression de tout obstacle à l'échange, en permettant à chaque pays de se spécialiser dans les productions pour lesquelles il dispose de coûts de production relativement plus faibles, accroît la production mondiale, donc profite à tous. Ce principe, appelé loi des avantages comparatifs, est considéré, encore aujourd'hui, comme l'argument central opposable à ceux qui refusent l'ouverture.

Les thèses postérieures en faveur du libre-échange n'ont fait que reprendre l'intuition ricardienne, en la précisant. Ainsi Bertil Ohlin (1899-1979) a montré que les avantages des pays reposent sur leurs dotations relatives en facteurs primaires (travail qualifié, travail non qualifié, capital, ressources naturelles). Les analyses contemporaines mettent en avant, pour leur part, les gains liés à la diffusion internationale de la technologie, à la meilleure utilisation des effets de taille, lorsque le marché s'ouvre, et à la possibilité, pour les consommateurs, de bénéficier des avantages de la diversité, en termes de caractéristiques des biens. Ainsi, toutes ces analyses visent à montrer que, dans un monde où existe une véritable concurrence, sans économies d'échelle, le protectionnisme est source d'inefficacités, donc de pertes.

L'évidence de la supériorité du libre-échange n'a pas conduit les gouvernements à épouser, en toute circonstance, les idées de ceux qui le défendent, loin s'en faut. Le xixe siècle et le xxe siècle sont jalonnés d'épisodes de repli sur soi, plus ou moins intenses. Trois raisons expliquent le recours à la protection des activités nationales : favoriser le développement de secteurs nécessaires à la croissance, isoler l'économie nationale d'un contexte mondial de crise, et défendre des intérêts particuliers.

Le protectionnisme éducateur

Le protectionnisme éducateur, selon l'expression de Friedrich List (1789-1846), se justifie pour des pays en phase de décollage économique, dans lesquels les secteurs clés de la croissance ne peuvent atteindre la taille critique sans protection. Conformément à cette analyse, les États-Unis et l'Allemagne ont fortement protégé leurs industries pendant tout le xixe siècle, lesquelles étaient alors en retard par rapport à la France, et surtout par rapport à la Grande-Bretagne. Dans la seconde moitié du xxe siècle et au seuil du xxie siècle, les pays émergents et les pays les moins avancés peuvent légitimement réclamer le droit de se protéger, au nom de cet impératif de développement. Toutefois, la protection de ces branches dites « dans l'enfance » ne se justifie que si les secteurs en question sont caractérisés par des économies d'échelle qui permettront au coût de [...]

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Écrit par :

  • : docteur en sciences économiques, professeur émérite à l'université de Paris Dauphine

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Pour citer l’article

Bernard GUILLOCHON, « PROTECTIONNISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/protectionnisme/