PROTECTION DE LA NATUREAires protégées

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Quelles aires protégées ?

Les définitions et les fondements écologiques des aires protégées évoluent en fonction du cadre social et scientifique dans lequel ces espaces s'inscrivent. Il est néanmoins utile de présenter de manière synthétique les différentes conceptions et catégorisations actuellement utilisées dans le monde de la conservation.

Les définitions des aires protégées

L'expression « aire protégée » tend aujourd'hui à s'imposer dans le langage scientifique comme dans l'usage courant. Il existe cependant de nombreux autres mots définissant des espaces réglementés en vue d'une protection de la nature. Parmi ceux-ci, le terme « parc » a longtemps été privilégié, désignant notamment, quand ce parc est « national », un espace dans lequel seuls le tourisme et la recherche scientifique sont autorisés. Celui de « réserve » est aussi très employé, définissant habituellement des zones de protection intégrale où toute activité humaine est interdite, ou des zones consacrées à une activité particulière compatible avec la protection de la nature (réserve de chasse, réserve forestière, etc.). D'autres substantifs sont également utilisés (sanctuaire, site, paysage, etc.) auxquels sont généralement associés des adjectifs qualifiant les espaces considérés (par exemple, par leur dimension administrative : naturel, régional, etc., ou leur objet : naturel, remarquable, marin, de faune, etc.). Cette hétérogénéité rend peu compréhensibles les dénominations utilisées dans le monde de la gestion des aires protégées.

Il existe deux raisons principales à cette profusion terminologique. Elle s'explique en premier lieu par le degré de protection qui s'applique à l'espace en question. Selon qu'il s'agit de gérer de manière concertée un territoire habité et exploité ou de protéger intégralement un espace avec interdiction formelle de présence humaine, les définitions ne sont pas les mêmes. Ensuite, la grande variété de termes est une conséquence des différences de dénomination entre pays. Chaque État a son propre lexique et, au sein de chaque pays, les désignations peuvent varier selon l'institution en charge de l'espace protégé. En France par exemple, les désignations nationales (parc national, parc naturel régional, réserve naturelle, arrêté de biotope, etc.) côtoient des appellations propres aux institutions ayant ces espaces en gestion (réserves biologiques intégrales et réserves biologiques dirigées de l'Office national des forêts, sites du Conservatoire du littoral, etc.) [cf. encadré Principaux sites naturels protégés en France].

L'Union mondiale pour la nature (U.I.C.N.), organisme mixte associant O.N.G., gouvernements et experts, joue un rôle majeur dans l'harmonisation terminologique et classificatoire des aires protégées. À partir des années 1960, cette structure a proposé une catégorisation établie en fonction du degré de protection effectif de l'espace réglementé. Cette catégorisation a varié avec le temps, mais à la suite du congrès des aires protégées de Caracas (1992), l'U.I.C.N. a proposé sept catégories (tabl. 1), allant d'une protection intégrale (catégorie Ia) à une gestion durable des ressources (catégorie VI). Cette classification n'a pas valeur contraignante dans les législations nationales, mais son impact dans la lisibilité et la légitimité des actions est évident.

Aires protégées et degré de protection

Tableau : Aires protégées et degré de protection

Classification des aires protégées en fonction du degré de protection (désignation U.I.C.N.) [source : http//www.iucn.org]. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Au cours des années 2000, l'U.I.C.N. a proposé de prendre en compte, dans la typologie des aires protégées, les modes de gouvernance. Cela consiste à ne plus distinguer ces espaces par leur seul degré de protection, mais également par les institutions qui les gèrent : les États bien sûr, qui en ont été historiquement les principaux gestionnaires, mais aussi d'autres types d'acteurs, qu'il s'agisse d'acteurs privés, de structures communautaires ou de toute autre forme intermédiaire (tabl. 2).

Aires protégées et mode de gouvernance

Tableau : Aires protégées et mode de gouvernance

Classification des aires protégées en fonction du mode de gouvernance (gestionnaire et autorité) [source : http://www.iucn.org]. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Les fondements écologiques des aires protégées

Ces variations terminologiques sont en parties déterminées par la progression des pratiques de la conservation et des sciences qui leur sont rattachées. Même à considérer comme acquises les raisons écologiques qui justifient la protection de la nature (cf. protection de la nature - Histoire), les fondements écologiques des formes que doivent prendre les aires protégées ont fait et continuent de faire l'objet de controverses scientifiques et techniques. La biologie de la conservation est une science appliquée qui cherche à répondre à ces questions en s'intéressant explicitement à la manière dont les espaces protégés doivent être conçus pour satisfaire les objectifs de maintien et/ou d'amélioration des dynamiques écologiques.

Historiquement, la conservation comme pratique a précédé la formalisation d'une science de la conservation ; et, en ce sens, les réserves et les parcs anciens n'ont pas toujours été délimités selon des critères scientifiques rigoureux. Ce n'est que dans les années 1960 et 1970 qu'a émergé un corpus scientifique structurant directement les politiques de conservation à partir des critères écologiques à prendre en considération.

Comme ces espaces ont une réglementation spécifique déterminée par des objectifs de protection de la nature, la façon de les organiser spatialement est déterminante. La superficie est alors un facteur central pour le fonctionnement d'une aire protégée : en fonction des espèces et des milieux à préserver, celle-ci peut varier, mais la richesse spécifique et les effectifs de populations dépendent de la taille de l'aire protégée. Pour l'écologie de la conservation classique, fondée sur la recherche de la préservation d'écosystèmes naturels, il s'agit alors d'avoir des aires protégées les plus grandes possibles. Ce facteur est associé à une exigence concernant la limitation de toute activité anthropique. L'inscription des parcs et des réserves dans des paysages humanisés oblige donc à tenir compte de la fragmentation et de la transformation des milieux naturels. Dans ce cadre, la théorie de la biogéographie insulaire, développée à la fin des années 1960, a permis de prendre en compte les processus biologiques liés à l'isolement des milieux. Dans les années 1980, l'écologie du paysage a complexifié l'analyse en intégrant la variabilité temporelle et spatiale des écosystèmes ainsi que les mécanismes d'interface et de connectivité entre eux. L'apparition du terme de « biodiversité » à la fin des années 1980 a également joué un rôle important, en montrant que la diversité (génétique, spécifique et écosystémique) pouvait être favorisée par des perturbations des milieux naturels et notamment des modifications d'origine anthropique. Depuis les années 1990, les évolutions de l'écologie rep [...]

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Aires protégées et degré de protection

Aires protégées et degré de protection
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Aires protégées et mode de gouvernance

Aires protégées et mode de gouvernance
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Bisons d'Amérique, Yellowstone

Bisons d'Amérique, Yellowstone
Crédits : David Schultz/ Getty Images

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Premières aires protégées par pays

Premières aires protégées par pays
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Écrit par :

  • : responsable du programme d'assistance technique de l'Union européenne pour le développement des aires protégées du golfe d'Aqaba (Égypte)
  • : géographe, chargé de recherche à l'Institut de recherche pour le développement

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Pour citer l’article

Alain JEUDY-DE-GRISSAC, Estienne RODARY, « PROTECTION DE LA NATURE - Aires protégées », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/protection-de-la-nature-aires-protegees/