PROSTITUTION DE 1949 À NOS JOURS

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Un débat renouvelé

Le thème de la prostitution ne peut rester à l’écart de la réflexion et de l’engagement féministes. Ce n’est cependant que progressivement que le mouvement des femmes s’est emparé de la question, en passant de l’expression, dans les années 1970, d’une solidarité spontanée à l’égard des prostituées à, depuis la fin des années 1990, des appréciations contrastées de leur activité. Le féminisme apparaît aujourd’hui profondément divisé dans son appréhension de la prostitution et des moyens d’aider celles et ceux qui l’exercent.

Une première position, minoritaire et principalement défendue par les féministes les plus jeunes et/ou inspirées par les théories queer (qui affirment l’émancipation du sexe à l’égard du genre), envisage la prostitution comme l’expression d’une libre disposition par la prostituée de son corps, l’autorisant à en faire une source de revenus et participant d’une contestation du puritanisme sexuel. Cette position rejoint celle défendue par les mouvements de prostituées qui, à l’instar du Syndicat du travail sexuel (Strass), revendiquent la reconnaissance de la prostitution comme un métier à part entière, ouvrant droit à la même protection sociale que celle dont bénéficient les autres travailleurs. Le Strass plaide pour une abrogation des dispositions légales qui, comme le délit de racolage passif ou l’interdiction de certaines formes de proxénétisme, entravent le libre exercice de la prostitution. S’il rejette le modèle des maisons closes, il propose que les prostituées puissent s’associer pour travailler dans des coopératives autogérées.

Cette posture en faveur d’une normalisation de la prostitution est vigoureusement combattue par la majorité des organisations féministes françaises qui, à l’inverse, se sont ralliées au mouvement abolitionniste pour exiger la disparition d’une activité perçue comme un archaïsme patriarcal. Définir la prostitution comme une violence sexiste conduit logiquement à incriminer ceux qui en seraient les auteurs, à savoir les clients, et c’est conformément à cette définition que féministes et abolitionnistes ont, au cours des années 2010, exercé d’importantes pressions politiques afin que la France considère le recours à la prostitution comme un délit. Ce lobbying a été efficace puisque les députés français se sont ralliés à leurs vues et ont voté définitivement, le 6 avril 2016, une loi similaire à celle qui, en Suède, pénalise depuis 1999 les clients des prostituées. Le bilan de l’expérience suédoise est pourtant mitigé : plus qu’à une disparition de l’offre de services sexuels par dissuasion de la demande, c’est à son déplacement vers des lieux et sous des formes plus discrets que l’on a assisté. De fait, lutter contre l’immigration irrégulière tout en contraignant les prostituées à la discrétion semble être le principal objectif des politiques menées, et cela quels que soient les principes juridiques invoqués ou les objectifs affichés.

Prostituée dans le bois de Boulogne

Photographie : Prostituée dans le bois de Boulogne

Les prostituées en France exercent dans des conditions précaires (ici le long d'une route du bois de Boulogne), tandis que leur activité, légale mais contrainte par un cadre législatif, soulève de nombreux débats politiques. 

Crédits : C. Hartmann/ Reuters/ Corbis

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Lilian MATHIEU, « PROSTITUTION DE 1949 À NOS JOURS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/prostitution-de-1949-a-nos-jours/