PROBABILITÉ SUBJECTIVE

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Prise de décision dans l'incertitude

L'expression « prise de décision dans l'incertitude » peut désigner soit le processus qui consiste à peser, consciemment et inconsciemment, le pour et le contre de différentes suites d'action possibles, soit l'acte même de décision, soit enfin la décision elle-même, c'est-à-dire le résultat final comme tel. La théorie normative de la prise de décision se réfère principalement au premier sens, c'est-à-dire à l'évaluation des avantages et des inconvénients de plusieurs actions possibles. On entend généralement par là l'activité par laquelle un individu envisage explicitement les possibilités qui lui sont offertes et assigne à chacune d'elles une probabilité p d'occurrence et une utilité u, cette dernière exprimant la valeur (désirabilité) qu'il lui attribue. Les modèles normatifs admettent, par hypothèse, que l'individu se décide en faveur de la possibilité pour laquelle le produit de p et de u est maximal. Dans les théories descriptives, la mise à l'épreuve de tels modèles – dont certains substituent ψ à p (probabilité statistique ou a priori) et/ou l'utilité subjective u′ à l'utilité objective u – a surtout été effectuée dans le domaine économique. Mais les modèles de ce genre ont des applications assez limitées. Les limitations sont principalement imputables, en premier lieu, au fait que certains d'entre eux font l'hypothèse non vérifiée que les sujets expérimentaux disposent d'un inventaire complet des « états de la nature » possibles, ce qui n'est généralement pas le cas ; en deuxième lieu, au fait qu'ils supposent que les sujets ordonnent transitivement les résultats possibles et choisissent celui pour lequel la somme des produits de ψ et de u est maximale. Enfin, des modèles omettent plusieurs facteurs qui peuvent se révéler importants : ainsi, la variance des différents paris, l'incertitude subjective attribuée à un résultat particulier, l'effet de la croyance à la chance, le degré de croyance à son habileté propre plutôt qu'à la chance, l'utilité du jeu comme tel, les grandeurs relatives de l'enjeu et du prix.

Décisions de jeu

L'influence exercée par la probabilité subjective dans les décisions de jeu apparaît clairement dans des situations de choix équiprobable, par exemple lorsque la probabilité statistique a priori de gagner un prix est identique dans deux loteries et que le sujet ne peut prendre un billet qu'à l'une ou à l'autre. Un éventail étendu de situations de loterie de cette espèce peut être représenté de façon commode par la notation suivante :

dans laquelle Σ représente le nombre total d'extractions effectuées par un sujet à partir d'une ou de plusieurs sources données ; s, le nombre de sources identiques pour lesquelles les extractions sont permises et entre lesquelles Σ est également divisé ; g, le nombre de billets gagnants ; , le nombre de billets non gagnants ; r indique que chaque billet extrait d'une source est remis en jeu aléatoirement (à la même source) avant l'extraction suivante. L'absence de r signifie que la remise en jeu n'a pas lieu.

Considérons, à titre d'illustration, les trois types de choix binaires offerts à un sujet et dans lesquels la probabilité d'extraire le billet gagnant est respectivement de 0,1, de 0,5 et de 0,9 :

formule dans laquelle g, prennent, selon le cas, les couples de valeurs 1 : 9 ; 2 : 18 et 5 : 45 (la notation 1 : 9 signifie une chance contre neuf, donc une chance sur dix) ;

g, prennent, selon le cas, les valeurs

5 : 5 ; 10 : 10 et 25 : 25 :

g, prennent, selon le cas, les valeurs pairées 9 : 1 ; 18 : 2 et 45 : 5.

On constate que dans de telles situations, si le prix est constant, la plupart des sujets préfèrent prendre un billet à la plus grande de deux loteries lorsque p = 0,1 et à la plus petite lorsque p = 0,5 ou 0,9.

Prises de décision professionnelles

L'évaluation des incertitudes personnelles, qui intervient dans la probabilité subjective, affecte la prise de décision professionnelle au même titre que les innombrables décisions de nature économique, éthique, sociale ou esthétique imposées par la vie quotidienne. Les domaines médical et juridique fournissent ici des exemples frappants. Dans la pratique clinique, le médecin assigne « intuitivement » des probabilités à divers diagnostics possibles. Il peut également leur assigner des probabilités subjectives conditionnelles ψ (S/M) ; étant donné que le patient souffre d'une maladie M, quelle est la vraisemblance de l'appariti [...]

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Écrit par :

  • : professor of Psychology and Head of Department, University of Manchester, Royaume-Uni

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Pour citer l’article

John COHEN, « PROBABILITÉ SUBJECTIVE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/probabilite-subjective/