POSTCOLONIALES FRANCOPHONES (LITTÉRATURES)

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L'invention de la négritude

À la fin des années 1930, c'est à nouveau à Paris, dans le milieu des étudiants d'origine africaine ou antillaise, que se cristallise la notion de négritude. Plus que d'un concept, il s'agit d'un signe de reconnaissance, d'un « mot de passe » par lequel peuvent s'identifier des jeunes gens se découvrant étrangers à eux-mêmes, parce que trop engagés dans la voie de l'acculturation. La négritude manifeste le rejet du projet colonial de transformer les colonisés africains en « Français noirs ». Chez l'Antillais Aimé Césaire, elle procède aussi de la prise de conscience de la séculaire dénégation opposée par le système esclavagiste à l'humanité de l'homme noir. Le mot « nègre », tout chargé de l'opprobre raciste, est repris et glorifié pour cette raison même (Cahier d'un retour au pays natal, 1939). La littérature de la négritude ne pouvait s'affirmer que sous la forme du cri : il faut « pousser d'une telle raideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées » (A. Césaire, Les Armes miraculeuses, 1946). Même v0, si bien conforté par le souvenir du paradis de son enfance africaine, a lancé le grand cri de la révolte noire : « Mais je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France. »

Aimé Césaire

Photographie : Aimé Césaire

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Avec le Cahier d'un retour au pays natal (1939), Aimé Césaire donne pleinement voix à la négritude. Outre son œuvre poétique, il est également l'auteur d'une ample œuvre théâtrale, où se détache La Tragédie du roi Christophe (1963)

Crédits : Sergio Gaudenti/ Sygma/ Getty Images

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Les écrivains francophones des colonies françaises se trouvent ainsi confrontés au sentiment d'une perte d'identité, ou plutôt d'une fracture de leur être, tout engagé dans la modernité mais nostalgique de racines qui s'effacent. La thématique apparaît en filigrane dans les poèmes (Traduit de la nuit, 1935) de Jean-Joseph Rabearivelo, qui se suicide en 1937, peut-être de ne pouvoir réunifier son être. Jean Amrouche, né dans l'une des rares familles algériennes converties au christianisme, trace dans son essai L'Éternel Jugurtha (1946) un portrait de l'homme maghrébin, qui a su adopter les mœurs et la langue des autres tout en restant fidèle « à sa vraie patrie, [...]


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Aimé Césaire

Aimé Césaire
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Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949)

Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949)
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Jean-Louis JOUBERT, « POSTCOLONIALES FRANCOPHONES (LITTÉRATURES) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/postcoloniales-francophones-litteratures/