POSTCOLONIALES FRANCOPHONES (LITTÉRATURES)

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De la littérature coloniale aux littératures francophones

La notion de « littérature coloniale » s'était établie dans la littérature française du début du xxe siècle : le Mercure de France lui consacrait une chronique régulière. Théorisée notamment par les Réunionnais Marius-Ary Leblond, elle accompagnait l'entreprise coloniale en tentant d’en dévoiler les aspects les moins connus : peinture vraie des mœurs, plongée dans l'âme « indigène », exaltation de l'œuvre civilisatrice parfois nuancée de quelques critiques. Pour les tenants de la littérature coloniale, l'éclosion de talents littéraires autochtones devait témoigner de la réussite de la colonisation. Dans les pays de la péninsule indochinoise, Cambodge, Laos, Vietnam, la littérature s’inspirait fréquemment des grands modèles français, mais manifestait aussi une création originale, comme le montrent les essais de Pham Quynh ou la poésie de Pierre Do-Dinh au Vietnam, et les poèmes et romans de la Cambodgienne Makhali-Phâl.

En 1921, le prix Goncourt est décerné à un administrateur de la colonie de l'Oubangui-Chari, le Guyanais René Maran, pour Batouala, véritable roman nègre. Le sous-titre suggère que Maran se situe dans la littérature coloniale, mais il y introduit une distance critique. La préface et quelques scènes sans complaisance ont suscité à l'époque polémique et réprobation de la part des milieux coloniaux. Vingt ans plus tard, René Maran sera présenté par Léopold Sédar Senghor comme le précurseur du mouvement de la négritude.

Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949)

Photographie : Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949)

Universitaire, député sénégalais à l'Assemblée constituante de 1945, Léopold Sédar Senghor (1906-2001) participe ici, en 1949, aux premiers travaux du Conseil de l'Europe. 

Crédits : Felix Man/ Picture Post/ Hulton Archive/ Getty Images

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La rupture entre la littérature coloniale et ce qu'il est convenu d'appeler « littératures francophones » s'est opérée lentement. Les premiers essais littéraires du Malgache Jean-Joseph Rabearivelo sont soutenus par les autorités coloniales. Cependant, avec la vigoureuse critique de la colonisation qui se développe dès les années 1930, une tension se crée entre la littérature d'adhésion au monde colonial et la littérature de protestation. Ce que montre la publication, en 1932, par un groupe d'étudiants martiniquais à Paris, de la revue-manifeste Légitime Défense. La littérature coloniale antillaise y est dénoncée pour son inauthenticité. Rétrospectivement, ces œuvres apparaissent comme les pionnières des littératures postcoloniales.

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Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949)

Léopold Sédar Senghor au Conseil de l'Europe (Strasbourg, 1949)
Crédits : Felix Man/ Picture Post/ Hulton Archive/ Getty Images

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Aimé Césaire

Aimé Césaire
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Écrit par :

  • : professeur de littératures francophones et de littérature comparée, université Paris-Nanterre, membre de l'Institut universitaire de France

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Pour citer l’article

Jean-Marc MOURA, « POSTCOLONIALES FRANCOPHONES (LITTÉRATURES) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/postcoloniales-francophones-litteratures/