PORTRAIT

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La naissance d'un genre

Malgré la différence du contexte social, certaines fonctions du portrait restent constantes. Celles notamment qui, sous des formes très diverses, rattachent cette branche particulière de l'art à l'idée de la mort et de la survie. Qu'il s'agisse d'efficacité réelle ou de transmission d'un souvenir, de moyen de parvenir sans perte d'identité à la vie d'un monde ultra-terrestre ou du simple désir de léguer ses traits à la postérité, la pensée de la survie et de la conjuration de l'état éphémère préside toujours à l'exécution d'un portrait. Par ailleurs, le plaisir de contempler ses traits tels qu'ils apparaissent à l'autre a, de tout temps, constitué un puissant facteur de succès pour ce genre d'art, un des plus stables de l'histoire du monde.

En outre, d'autres fonctions sont étroitement liées à la conception religieuse qui régit une civilisation, à l'organisation de l'État ou à sa structure sociale et à l'idée que se font les représentants des différentes couches sociales du rapport existant entre le portrait et son « modèle ».

La fonction religieuse du portrait

Dans la civilisation de Sumer, des statues en pierre étaient placées dans les temples des dieux. Elles entouraient le maître du lieu, également sculpté en pierre, matériau noble par excellence, parce que rare et coûteux en ces régions. Leur fonction était d'entretenir, par leur présence permanente au sanctuaire, un service d'adoration incessant, faute duquel les rapports entre le monde des humains et le monde surnaturel risquaient de se détériorer. En dehors d'un trait uniformément commun – les yeux grands ouverts (en signe d'extase, pense-t-on) –, les statues et les statuettes provenant de ces temples (celui d'Abu à Telle Asmar, vers 2500 av. J.-C., celui d'Our, un peu plus tard) sont fortement personnalisées et furent sans doute des portraits. Certaines ont pu être identifiées : l'intendant Ebih-il, par exemple, provenant de Mari (musée du Louvre) ou la grande maîtresse des chœurs du temple, Our-Nanshé (musée de Damas). On conçoit fort bien que des personnalités en vue consentissent à débourser des sommes importantes pour que leur double personnel, incarné en pierre, assume ce rôle de contact permanent avec le monde divin et garantisse à son propriétaire à la fois la protection du dieu et l'estime, voire l'envie, de ses semblables qui fréquentaient le temple.

Ebih-il l'Intendant, Mari

Photographie : Ebih-il l'Intendant, Mari

Ebih-il l'Intendant de Mari. Vers 2400 av. J.-C. Albâtre, yeux en coquille et en lapis-lazuli. Hauteur: 52,5 cm, largeur : 20,6 cm, profondeur : 30 cm. Musée du Louvre, Paris. 

Crédits : A. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

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Dans l'ancienne Égypte, la représentation de l'individu est également liée aux croyances religieuses. La conception que l'on s'y fait des rapports entre le monde visible et le monde transcendant commande en premier lieu celle de la nature du pharaon, et celle-ci dicte, à son tour, le comportement du commun des mortels dans lequel le recours à l'image personnelle joue un rôle très actif. Suivant que, à certaines époques, le pharaon est tenu pour un dieu ou un être semi-divin, l'ordonnance du rite de sa sépulture variait et avec elle variait également le mode de sépulture réservé à ses subordonnés, de même que la place allouée dans l'art funéraire à la représentation du défunt.

La sépulture d'un Égyptien de la haute époque, organisée en règle générale du vivant de son futur occupant, était disposée de manière à pouvoir contribuer au conditionnement de sa vie posthume, à laquelle le défunt devait accéder à travers une résurrection. Une « chambre à statues » (le serdab) aménagée à l'intérieur du tombeau contenait une statue qui, après la mort du maître du sépulcre, devait recevoir son ka, le ka étant l'intermédiaire entre ce que l'on appellerait l'âme immortelle et ce qu'on l'on pourrait désigner comme un double. Des statues représentant les proches du défunt entouraient celle du propriétaire du tombeau afin de l'accompagner dans sa nouvelle vie et une chambre à offrandes était destinée à pourvoir aux besoins de tout ce monde.

Toutefois, sous l'Ancien Empire, ces statues n'étaient pas des portraits. Elles avaient pour rôle d'assurer au défunt une vie dans une éternité où les contingences temporelles et terrestres s'évanouissaient. Le ka dès lors devait, lui aussi, en être affranchi. En conséquence, sa représentation matérielle, sous forme de statue, a correspondu au cours des premiers millénaires à un canon idéal d'âge et de beauté qui ne reproduisait nullement l'aspect physique du défunt, maître du sépulcre. On possède néanmoins quelques statues remontant à la fin de l'Ancie [...]

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Ebih-il l'Intendant, Mari

Ebih-il l'Intendant, Mari
Crédits : A. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

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Sarcophage des Époux, Cerveteri

Sarcophage des Époux, Cerveteri
Crédits : G. Dagli Orti/ De Agostini/ Getty Images

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Portrait funéraire féminin, Fayoum, Égypte

Portrait funéraire féminin, Fayoum, Égypte
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Portrait funéraire, Fayoum, Égypte

Portrait funéraire, Fayoum, Égypte
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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur honoraire à l'École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Galienne FRANCASTEL, « PORTRAIT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/portrait/