PORPHYRE (234 env.-310)

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La vie et l'œuvre

Né à Tyr en Phénicie, Porphyre passa son enfance dans ce pays de vieilles traditions religieuses que la reine de Palmyre, Zénobie, allait bientôt soustraire quelque temps, avec d'autres provinces orientales, à la domination romaine. Vers 254, le jeune Phénicien vint étudier à Athènes. Toute sa vie, il resta en relation avec son maître de philosophie d'alors, Longin (Caius Cassius Longinus), qui lui enseigna le « platonisme », c'est-à-dire un système éclectique qui prétendait fournir l'interprétation exacte des dialogues de Platon. Ce fut peut-être Longin lui-même qui l'envoya à Rome, pour y entendre Plotin qu'il avait en très haute estime. Porphyre arriva dans la capitale en 263, dans sa trentième année. Voulant utiliser les compétences philologiques de Porphyre, Plotin lui demanda de réviser, de corriger et de publier ses écrits. L'enseignement du maître, constant appel à la vie spirituelle, provoqua peut-être chez Porphyre un excès de tension psychique. Comme le dit son biographe Eunape, il détesta le fait d'avoir un corps et d'être un homme. Atteint de neurasthénie, il songea au suicide. Plotin, devinant cette crise intérieure, lui conseilla de voyager. Porphyre partit donc pour la Sicile et se fixa à Lilybée, auprès d'un certain Probus dont il avait entendu parler. Cela se passait en 268. Porphyre n'avait passé que cinq ans auprès de Plotin, qui mourut deux ans après, en 270, à peu près abandonné par tous ses disciples. En Sicile, Porphyre écrivit son grand traité Contre les chrétiens. Par la suite, il revint à Rome, où il prit la succession de son maître. Parmi ses disciples, il semble qu'il faille compter Jamblique. Vers cette époque, il épousa Marcella, veuve d'un philosophe et mère de sept enfants dont les derniers étaient encore en bas âge. C'est à elle qu'il adressa cette lettre À Marcella qui est considérée à juste titre comme le « testament spirituel du paganisme » (A. J. Festugière). Porphyre, vers 301, composa sa Vie de Plotin et établit l'édition des écrits de son maître. Il mourut à Rome dans la première décennie du ive siècle. L'œuvre de Porphyre est immense (soixante-dix-sept titres dans le catalogue de J. Bidez, soixante-sept dans celui de R. Beutler) ; elle s'étend à tous les domaines intéressant la culture de l'époque : la grammaire (notamment les commentaires d'Homère), la rhétorique, l'astronomie et les mathématiques, la mythologie et la religion, l'histoire de la philosophie, l'éthique, la physique et la métaphysique. Porphyre avait commenté de nombreux dialogues de Platon et plusieurs œuvres d'Aristote, entre autres certains traités de logique, pour lesquels il écrivit une célèbre introduction (Isagogé) de vingt pages dont le succès fut considérable, puisqu'elle fut traduite en latin, en syriaque, en arabe, en arménien, en hébreu et qu'elle fut inlassablement commentée du ive au xviie siècle. Ce petit ouvrage systématise la doctrine aristotélicienne des « prédicables », c'est-à-dire des différents modes selon lesquels un attribut peut se rapporter à un sujet.

La plus grande partie de cette œuvre est perdue. Hormis quelques traités complets, elle n'est plus connue que par des fragments cités par d'autres auteurs, qui les attribuent explicitement à Porphyre ou les rapportent de façon anonyme. Beaucoup de recherches récentes ont été consacrées à la reconstruction de l'héritage porphyrien, dont on retrouve les traces non seulement chez les philosophes grecs, mais dans les littératures philosophiques latines et arabes.

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Pour citer l’article

Pierre HADOT, « PORPHYRE (234 env.-310) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/porphyre/