PORCELAINE

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Occident

En Occident, la porcelaine se divise en deux catégories : la porcelaine tendre (dans laquelle on distingue la porcelaine « française » et la porcelaine « anglaise ») et la porcelaine dure.

La porcelaine tendre française peut se tourner (par ébauchage et tournassage), se mouler ou être sculptée librement (par exemple, pour les motifs de fleurs). Les pièces reçoivent ensuite une couverte à base de silice et d'oxyde de plomb, qui est cuite avant de recevoir un décor qui sera cuit lui-même. Les cuissons sont faites à température de moins en moins élevée. La qualité esthétique de la pâte tendre française paraît généralement supérieure à celle de la porcelaine dure. Sa couleur est d'un blanc chaud. Les couleurs sont légèrement fondues dans la couverte. Le tesson est lisse. Quant à la porcelaine tendre anglaise, elle mériterait plutôt le nom de porcelaine hybride, car elle contient du kaolin, du cornish stone (composé de feldspath, de kaolin et de quartz) et enfin de la cendre d'os. Plus la pâte contient de kaolin, plus elle est plastique ; plus elle contient de cendre d'os et de cornish stone, plus elle est translucide. Elle se travaille, s'émaille et se décore à peu près comme de la pâte tendre française. Mais les Anglais n'ont jamais cessé d'en perfectionner la fabrication, alors qu'en France l'adoption de la porcelaine dure a été totale au début du xixe siècle.

La porcelaine italienne est aussi une porcelaine hybride, faite à partir d'une fritte contenant un peu de kaolin.

La composition de la porcelaine dure occidentale est pratiquement semblable à celle de la porcelaine chinoise ; elle est beaucoup plus simple que celle de la porcelaine tendre. La pâte s'en travaille beaucoup plus facilement. Il s'agit d'un mélange de trois éléments : le kaolin, argile très blanche et très fine, qui constitue le corps de la pâte et la rend malléable ; le feldspath, élément fondant qui se vitrifie à la cuisson ; le quartz, qui sert de liant.

La pâte dure peut être tournée, moulée ou coulée. La pièce reçoit alors une première cuisson, dite de dégourdi. Puis elle est émaillée et remise au four pour une cuisson à très haute température, soit 1 300 ou 1 400 0C. Enfin le décor est apposé et cuit à une température relativement basse (entre 700 et 800 0C).

La porcelaine dure n'est pas rayable à l'acier. Elle est très translucide. Les couleurs ne s'intègrent pas dans la couverte. Lorsqu'elle n'a pas reçu de couverte, elle est beaucoup plus rugueuse au toucher que la porcelaine tendre.

La porcelaine tendre

Les premières porcelaines chinoises sont parvenues en Europe au xve siècle. Aussi, dès la fin de ce siècle, des tentatives sont-elles faites en Italie pour les imiter. Mais il semble bien qu'à Venise et à Ferrare on ne soit parvenu qu'à des matériaux vitreux. Au contraire, à Florence, sous le règne du grand-duc François Ier (1574-1587), des artisans ont réussi des pièces en porcelaine tendre hybride. Ces pièces, aujourd'hui rarissimes, peintes de bleu, mêlent déjà à l'inspiration extrême-orientale l'inspiration européenne aussi bien dans le domaine des formes que dans celui du décor. Mais ceux qui fabriquaient ces pièces dites porcelaines des Médicis gardèrent leur secret, et il faudra attendre le xviiie siècle avec les manufactures de Doccia et de Capodimonte pour que la porcelaine tendre renaisse en Italie (il s'agira d'ailleurs toujours de porcelaine hybride).

À la fin du xviie siècle, la fabrication de la porcelaine tendre, cette fois-ci sans trace de kaolin, réapparaît en France, à Rouen semble-t-il, grâce à Edme Poterat, et à son fils Louis qui reçoit en 1673 un privilège l'autorisant à en produire. Il meurt en 1696 sans avoir légué son secret, qui n'était cependant pas perdu puisque, dès 1677, à Saint-Cloud, Pierre Chicaneau puis sa veuve, remariée à Henri Trou, et leurs descendants fabriquent de la porcelaine tendre. Ils décorent des pièces de lambrequins bleus, comme l'avaient fait les Poterat, puis imitent les décors extrême-orientaux, blancs en relief ou polychromes. Ils ne parviennent pas eux-mêmes à garder le secret, et Siqaire Cirou fonde en 1725 une manufacture de porcelaine à Chantilly, sous la protection du prince de Condé. Chantilly a pour spécialité les décors polychromes, alors dits coréens, à la haie, à la perdrix, au phénix ou au dragon. Il s'agit en réalité de décors japonais. C'est de Chantilly que viendront les ouvriers fondateurs, en 1740, d'un petit atelier à Vincennes.

En 1748, F. Barbin établit une manufacture à Mennecy, dans le duché de Villeroy. À cette époque, un style plus « français » se fait jour, dont les formes sont nettement inspirées de l'orfèvrerie. Les pièces de Mennecy se distinguent par la remarquable qualité de leur pâte, de couleur très blanche.

La porcelaine de Sceaux (manufacture fondée en 1748 par Chapelle, puis reprise en 1763 par J. Jullien et S. Jacques alors qu'ils dirigeaient également Mennecy avant leur départ, en 1773, pour Bourg-la-Reine) ressemble souvent à celle de Mennecy, avec un décor aux couleurs parfois plus vives, au dessin plus naturaliste.

Enfin, la porcelaine de Tournai peut être, au xviiie siècle, considérée comme française. La manufacture, fondée en 1751 par F. Peterinck qui la dirigea jusqu'à sa mort en 1799, n'était pas atteinte cependant par l'interdiction royale de concurrencer Vincennes-Sèvres (cf. infra). Ses formes s'inspirent de l'orfèvrerie, de Meissen ou de Sèvres, ainsi que ses décors, avec parfois une influence anglaise. Au xixe siècle, la manufacture se fera une spécialité des bleu et blanc.

Au xviiie siècle, l'Angleterre produit également de la porcelaine tendre, qu'elle transforme en porcelaine hybride ; l'engouement du public pour ces œuvres sera tel qu'on ne fabriquera pas de porcelaine dure alors même que sa fabrication n'est plus un secret pour personne. Quant au style, on s'attache d'abord à la copie (souvent marques comprises) des productions extrême-orientales, allemandes ou françaises. Ce n'est qu'avec le rococo, qui adopte fréquemment un aspect naturaliste dans les décors floraux ou animaliers, puis avec le néo-classicisme que l'Angleterre acquiert un style personnel, surchargé ou dépouillé à l'extrême, déroutant ainsi souvent les collectionneurs du continent.

À Bow, T. Frye invente la bone china. On en distingue mal la production de celle des débuts de Chelsea. Puis la fabrique de Chelsea est réunie à celle de Derby entre 1769 et 1784. Leur style est d'un rococo de plus en plus lourd. La manufacture de Worcester suit la même évolution. Y apparaissent les premiers décors imprimés, procédé qui sera aussi employé avec succès à Caughley. Plymouth et Bristol utilisent le kaolin découvert en Cornouailles en 1755, et pourtant, au début du xixe siècle, à Nantgarw et Swansea, W. Billingsley tente de refaire de la porcelaine tendre française : les techni [...]

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Vase en porcelaine, «bleu et blanc» Chine

Vase en porcelaine, «bleu et blanc» Chine
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Vase de la "famille verte"

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Figurine en porcelaine de Meissen

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Écrit par :

  • : bibliothécaire du musée de la Céramique, Sèvres
  • : conservateur au musée national de la Céramique, Sèvres
  • : chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet
  • : ancien maître de recherche au CNRS, professeure honoraire à l'École du Louvre, chargée de mission au Musée national des arts asiatiques-Guimet
  • : conservateur en chef du patrimoine, chargée des archives de la Manufacture nationale de Sèvres

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Pour citer l’article

Marcelle BRUNET, Antoinette FAŸ-HALLÉ, Daisy LION-GOLDSCHMIDT, Madeleine PAUL-DAVID, Tamara PRÉAUD, « PORCELAINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/porcelaine/