POPULISME

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Le national-populisme autoritaire en France : un type idéal

Le populisme français contemporain, dans sa version lepéniste, apparaît comme un mélange de bonapartisme, de populisme réactionnaire à dominante nationale-xénophobe, voire raciste, de démocratie populiste à la Suisse et de populisme des politiciens.

Cinq traits caractéristiques permettent de construire le type idéal du national-populisme lepéniste, en tenant compte à la fois du style démagogique du leader, des valeurs exaltées dans le discours orthodoxe et des caractéristiques de la mobilisation « populaire » réalisée.

– Un appel personnel au peuple, dont l'efficacité symbolique suppose l'autorité charismatique du leader-démagogue, lequel doit pouvoir incarner le mouvement social et politique initié. Le parti populiste doit être hyperboliquement personnalisé. L'appel lepéniste au peuple implique l'utilisation des médias, en particulier de la télévision ; il s'agit donc aussi d'un télépopulisme, d'un télépopulisme de provocation tactique.

– L'appel au peuple tout entier, sans distinction de classes, de tendances idéologiques ou de catégories culturelles : l'objet de la visée populiste est de réaliser un rassemblement interclassiste dans le cadre national. Il reste à soumettre à ce critère la composition de l'électorat réel du Front national, saisi dans son évolution (Pascal Perrineau), un électorat qui s'avère, en 1995, le plus « populaire », voire le plus « prolétaire » des électorats en France. Lors des élections européennes du 12 juin 1994, la liste Le Pen rassemble 21 p. 100 des ouvriers (la liste Tapie 17 p. 100, les listes Rocard et Baudis 11 p. 100 et la liste communiste, conduite par Francis Wurtz, 9 p. 100). Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle du 23 avril 1995 confirment cet enracinement populaire du Front national : 30 p. 100 des ouvriers et 25 p. 100 des chômeurs (Sofres) ont voté pour Le Pen, qui a obtenu 15 p. 100 des suffrages exprimés, confirmant son score de la présidentielle de 1988 (14,6 p. 100). À l'élection présidentielle de 2002, Le Pen devance le candidat socialiste, Lionel Jospin, au 1er tour, en obtenant 16,8 p. 100 des suffrages. Le second tour l'oppose à Jacques Chirac qui sera finalement élu avec 82,2 p. 100 des suffrages. Cette « popularisation » croissante n'a cependant pas entamé la nature interclassiste de l'électorat lepéniste, où les artisans et commerçants restaient fortement représentés.

– L'appel direct au peuple authentique, et à lui seul, en tant qu'il est « sain », « simple », « honnête », doté d'un « instinct » supposé infaillible, ordonné au bien. Ce troisième trait permet de corriger le deuxième, avec lequel il entre en contradiction : l'ambiguïté du dêmos est ainsi retrouvée, le « peuple » étant à la fois le peuple tout entier et une partie du peuple, la partie supposée « saine ». Tout démagogue joue sur ces deux sens du mot, le démagogue nationaliste tout particulièrement. L'énergie, la bonté et la générosité qu'on prête au peuple font de lui à la fois un « bon enfant » et un « bon vivant » ; il est à ce titre plus proche de la (bonne) nature que les élites vivant dans un monde artificiel autant que concurrentiel. Il est en outre supposé culturellement intact, épargné par les influences étrangères, non contaminé par le « sida mental » affectant les élites « coupées du peuple ». Ce qui implique une dénonciation des élites illégitimes – « féodalités », « oligarchies financières », « lobbies (cosmopolites) », « bureaucratie », « technocratie », « partitocratie », « bande des quatre », etc. – et de l'influence, voire de la domination culturelle étrangère censée s'exercer à travers ces élites corrompues et corruptrices (menace d'« américanisation culturelle », de « colonisation culturelle », etc.). Mais l'appel au peuple authentique s'opère aussi par la dénonciation de l'« invasion » du pays par des étrangers « indésirables » et/ou « dangereux », susceptibles de prendre la figure du parasite ou du terroriste. Le rêve de transparence affiché par l'appel à la démocratie directe (qui se réduit au référendum d'initiative populaire) a pour envers le recours à la théorie du complot. Non seulement tous les malheurs du pays doivent pouvoir s'expliquer par l'action occulte de puissances négatives, mais les obstacles rencontrés par le mouvement national-populiste, et bien sûr ses é [...]

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Luis Batlle Berres et Juan Domingo Perón, 1948

Luis Batlle Berres et Juan Domingo Perón, 1948
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Getulio Vargas, vers 1930

Getulio Vargas, vers 1930
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Mu'ammar al-Kadhafi, 1973

Mu'ammar al-Kadhafi, 1973
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Pour citer l’article

Pierre-André TAGUIEFF, « POPULISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/populisme/