POLYPHONIE

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La polyphonie primitive

Que la musique non écrite des anciennes civilisations pût comporter de la polyphonie, c'est là un fait aujourd'hui bien connu, mais qui, au début du xxe siècle encore, eût soulevé l'étonnement général. On ne concevait pas en effet une polyphonie, fût-elle contrapuntique, sur d'autres principes que sur des successions de caractère harmonique, et, comme aucune polyphonie primitive ne s'appuie sur de tels principes, les rares témoignages qui en font mention n'ont guère décelé autre chose que fausses notes, imperfections ou tâtonnements informes ; il est prouvé par l'expérience que, ainsi prévenu, on peut parfaitement observer une polyphonie en croyant n'entendre qu'une monodie.

Les polyphonies primitives se répartissent selon des « zones » définies, dont on a pu dresser une carte ; celle-ci fait apparaître, de l'Océanie à l'Irlande, une sorte de cordon continu que flanquent au loin de larges taches isolées en Afrique centrale ou australe, en Amérique précolombienne ou à la pointe de l'Islande. Il existe de véritables îlots, soit géographiques ou ethniques (par exemple en Grèce, où l'Épire seule connaît la polyphonie), soit liés à une forme définie (par exemple en Corse, où la paghiella polyphonique se détache sur un fond de répertoire monodique). La forme polyphonique la plus primitive est sans doute le tuilage, superposition occasionnelle de la fin du chant d'un groupe (ou soliste) avec le début de celui d'un autre ; puis vient l'ornementation hétérophonique, dans laquelle plusieurs interprètes exécutent simultanément la même partie avec des variations différentes d'une voix à l'autre ; les bourdons, vocaux ou instrumentaux, qui peuvent être simples ou doubles, fixes ou variables. On aborde ensuite la large famille des chants parallèles, généralement construits sur un intervalle uniforme, quarte, quinte ou tierce, parfois même seconde (Serbie), non toujours systématiques, et souvent liés à de courtes formules de refrain indéfiniment répétées. Des parallélismes à trois voix (accords parfaits ou accords de si [...]


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Écrit par :

  • : ancien directeur de l'Institut de musicologie de l'université de Paris
  • : professeur de composition au Conservatoire national supérieur de musique de Paris

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Pour citer l’article

Jacques CHAILLEY, Michel PHILIPPOT, « POLYPHONIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/polyphonie/