POLYBE (entre 210 av. J.-C. et 202-env. 126 av. J.-C.)

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Un aristocrate grec exilé

Polybe naquit à Mégalopolis en Arcadie. Son père, Lycortas, succéda en 183 à Philopœmen à la tête de la ligue Achéenne, qui regroupait la plupart des cités du Péloponnèse. Il reçut une formation militaire et fut, dès son jeune âge, mêlé au jeu politique complexe du parti de son père, visant à faire adopter aux cités grecques une politique indépendante sans pourtant quitter l'alliance romaine. Polybe fut l'un des dirigeants de la ligue Achéenne au moment décisif que fut la troisième guerre de Macédoine (171-168). La victoire de Paul-Émile sur le roi Persée à Pydna en 168 amena l'effondrement de la puissance macédonienne. Les Achéens étaient restés neutres, mais Rome décida cependant d'éliminer, parmi leurs hommes politiques, tous ceux qui restaient soucieux d'une certaine indépendance : mille otages durent être livrés, et Polybe était l'un d'eux.

Il eut la chance de pouvoir se fixer à Rome, grâce à l'appui du fils de Paul-Émile, Scipion Émilien, âgé en 167 de dix-sept ans, qui devint son élève et le fit entrer dans le « cercle des Scipions » : la plus prestigieuse famille romaine du temps regroupait des intellectuels grecs et participait activement à l'hellénisation des milieux cultivés de l'aristocratie romaine. L'exil de Polybe dura de 167 à 150 et, pendant ce temps, il fréquenta la haute société romaine, observa le fonctionnement de la vie politique et des institutions. Il eut accès à d'importants documents, et obtint la permission de voyager dans le sud de l'Italie, le sud de la Gaule, l'Espagne.

En 150, les exilés purent rentrer en Grèce, mais Polybe fut bientôt rappelé par Scipion Émilien pour l'accompagner au siège de Carthage et l'aider de ses conseils en matière de poliorcétique, art d'investir les places fortes ; il vit l'agonie et la destruction de Carthage en 146. La révolte des Achéens contre Rome, fort imprudente, survint alors ; ils furent écrasés, et Corinthe, capitale de leur ligue, totalement détruite. Polybe s'efforça d'adoucir le sort des Grecs : grâce à ses relations romaines, il fut chargé lui-même de l'application du nouveau statut imposé à la Grèce et il s'attira la reconnaissance de ses compatriotes qui lui dédièrent des inscriptions louangeuses dont certaines ont été retrouvées.

Polybe continua ses voyages et, probablement, participa en Espagne, toujours aux côtés de Scipion Émilien, au siège de Numance, en 133. Il mourut fort âgé, vers 126 avant J.-C.

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Pour citer l’article

Claude LEPELLEY, « POLYBE (entre 210 av. J.-C. et 202-env. 126 av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/polybe/