POLITIQUELes régimes politiques

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Régimes politiques et réalités sociales

Structures sociales et mentales de la collectivité

Une première approche de la théorie des régimes doit considérer les relations existantes entre la collectivité envisagée et le type d'autorité qui la régit. Ces théories n'ont, certes, jamais été indifférentes aux données sociales. La géographie, le climat, les ressources, le chiffre de la population ont toujours retenu l'attention des politicologues. Mais, à ces facteurs dont l'importance demeure grande (que l'on songe aux corrélations entre le sous-développement et l'autoritarisme), d'autres sont venus se joindre dont l'influence est devenue prépondérante au fur et à mesure que l'idéologie démocratique se faisait plus exigeante. Il s'agit, d'une part, de la structure sociale actuelle de la collectivité et de la manière dont s'y localise l'énergie politique : c'est ce que l'on pourrait appeler le facteur forces ; d'autre part, des objectifs auxquels la mentalité dominante entend subordonner l'activité des gouvernants : c'est le facteur fins.

On sait qu'aujourd'hui tous les régimes se réclament de la volonté du peuple. Même si l'on néglige son caractère souvent verbal, cette référence n'est pas, en soi, très significative, car il y a bien des manières d'interpréter la notion de peuple. Celle de Jean-Jacques Rousseau n'est pas celle de Benjamin Constant ; le peuple de Karl Marx n'est pas celui auquel songeait Franklin Roosevelt lorsqu'il disait the people. S'agissant de savoir quelles sont la nature et la consistance de ce peuple dont la volonté sera formulée et exécutée par les gouvernants, il est possible, en acceptant la part d'arbitraire inhérente à toute schématisation, de distinguer deux thèses dont les institutions politiques portent la marque. L'une accepte, comme source de l'énergie politique, le peuple dans toute la bigarrure de sa réalité sociologique, l'autre privilégie, dans cette réalité même, une tendance, une caste ou une classe qui sera seule autorisée à parler au nom du peuple. Dans le premier cas, il y a démocratie, dans le second, il y a monocratie. Concrètement, la différence ressort du fait que, dans la démocratie, le pouvoir procède de la concurrence d'une pluralité de partis, tandis que, dans la monocratie, son assise est un parti unique.

Certes, ce premier critère exige des nuances dans son application. Il est cependant suffisamment important pour indiquer où se trouve la ligne de clivage essentielle entre les régimes car, fondé sur l'observation des forces, il rend compte également des différences existantes entre les fins.

Il ne s'agit plus ici de savoir où se situe la source de l'énergie que le pouvoir met en œuvre, mais de définir les objectifs de son activité. Leur variété semble défier la classification ; pourtant, si l'on considère la manière dont cette finalité est conçue, on constate que, dans certains pays, son contenu est déterminé par la concurrence des forces politiques en présence, alors que, dans d'autres pays, c'est dans la substance d'une idéologie préexistante que les gouvernants trouvent l'inspiration de leur action. La première observation concerne les États que l'on a coutume de ranger dans la catégorie des démocraties libérales. Ce libéralisme doit être entendu, non pas dans son acception économique, mais dans son sens politique. Il signifie que la consistance des programmes gouvernementaux est commandée par l'issue de la lutte politique, c'est-à-dire, en fait, par le résultat des élections. À travers les partis, ce sont les intérêts, les aspirations, les philosophies qui s'affrontent. Cet affrontement est officiellement érigé en moteur de la vie politique ; il est institutionnalisé. Par conséquent, cela implique que, quelle que soit la finalité que les aléas de la lutte politique assigneront provisoirement au pouvoir, elle ne saurait en aucun cas exclure la tolérance à l'égard des tendances ou des conceptions qui, provisoirement aussi, apparaissent comme minoritaires. À l'inverse, là où s'impose une idéologie officielle – et ce sont alors les pays d'obédience marxiste-léniniste qui sont en cause –, le postulat de l'homogénéité du peuple que la révolution a permis de réaliser con [...]

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Écrit par :

  • : professeur à la faculté de droit et des sciences économiques de Paris

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Pour citer l’article

Georges BURDEAU, « POLITIQUE - Les régimes politiques », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/politique-les-regimes-politiques/