POLITIQUELa philosophie politique

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L'État en lui-même : la politique pure et la formation du citoyen

On peut définir la philosophie politique comme la recherche de ce qui constitue l'État en tant qu'organisation d'une communauté historique, qui permet à celle-ci de prendre des décisions engageant sa forme de vie et sa survie. Le caractère abstrait de cette définition apparaît tout de suite. Que l'État prenne des décisions n'est qu'une façon de parler ; les décisions sont prises par des individus ou par des groupes agissant d'un commun accord : comment la décision est-elle prise ? Sur quoi portent les choix ? Quand convient-il d'en prendre ? Dans quelles limites le choix est-il ouvert ? La série des questions semble infiniment étendue ; elle se réduit cependant à une racine commune, que l'on peut désigner par le concept de pouvoir (ou de l'autorité, celle-ci étant comprise comme ce qui, aux yeux des membres de la communauté, justifie l'exercice du pouvoir) ; seul le pouvoir, la possibilité d'un seul ou d'un groupe particulier de prendre des décisions effectives au nom de la communauté, garantit l'unité et l'indépendance de la communauté. En ce sens, l'État, de même que la politique, est l'ensemble organisé des procédés et des procédures du pouvoir destinés à éliminer ou à résoudre les conflits intérieurs et extérieurs. Depuis que, dans les vallées des grands fleuves, des communautés se sont organisées en société de travail sous commandement central, l'État, un État à pouvoir sacré, a existé. Une théorie de l'État ne s'y rencontre pas.

La philosophie grecque

La philosophie grecque découvre très tôt la multiplicité des formes dans lesquelles s'exerce le pouvoir et, grâce à cette observation, le rôle central du pouvoir. Les sophistes, il est vrai, ne s'intéressent pas à la question de son usage bon ou mauvais, mais ils constatent, omniprésente, la lutte pour le pouvoir : chacun désire les avantages que son détenteur en retire, richesse, considération, toutes les satisfactions des désirs humains. Ce qu'ils offrent, c'est une technique pour la conquête d'un pouvoir désacralisé. La réaction de Socrate, leur disciple et adversaire, qui, en opposition à cette science positive (et positiviste), fonde la philosophie politique, ne consiste nullement dans une critique de cette analyse des faits ; il y oppose une question préalable : la simple volonté de conquérir le pouvoir en vue de la satisfaction de désirs qui s'observent aussi chez l'animal définit-elle un but à l'action politique ? Elle en est parfaitement incapable, car les désirs des individus sont par essence en conflit entre eux et ne peuvent que conduire à la destruction de l'unité, à la lutte des factions, à la révolte de ceux qui se voient exclus des avantages auxquels ils pensent avoir un titre. Le bien de l'État, le seul vrai bien, est son unité même. Et il sera atteint là où ceux qui détiennent le pouvoir et qui ainsi disposent du moyen d'éduquer les autres sont raisonnables, c'est-à-dire déterminent ce qui découle du principe même d'un intérêt général placé au-dessus de tout intérêt de faction et que, le cas échéant, ils soumettront par la force à la loi commune. Le moyen de parvenir à une telle union est fourni par une discussion toujours ouverte qui révèle et élimine ainsi les présupposés dogmatiques des interlocuteurs, ce faux savoir que confond l'ironique ignorance de Socrate.

Si Socrate semble s'être contenté de développer un art universel de la discussion (dialectique) et de chercher des définitions universellement acceptables, Platon et, à sa suite, Aristote se tournent vers le problème spécifique de la politique, celui de la définition, non d'un État quelconque, mais du vrai État. Comme leur maître, ils considèrent que l'unité du corps politique est l'exigence première et que l'État vrai est caractérisé par l'absence de conflits conduisant à l'emploi de la violence. Mais la question qu'ils posent dépasse le cadre de la dialectique (qu'ils considèrent cependant comme la méthode indispensable pour la découverte du bon pouvoir et de la critique des États existants [...]

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Pour citer l’article

Éric WEIL, « POLITIQUE - La philosophie politique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/politique-la-philosophie-politique/