POLICE SOUS LA IIIè RÉPUBLIQUE

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Les révolutions de la police judiciaire

Au tournant des xixe et xxe siècles, la France a peur. Peur du crime et peur des criminels se mêlent inextricablement et se conjuguent pour persuader une opinion angoissée que jamais l'insécurité n'a été aussi grande. Cette psychose d'insécurité est nourrie par la redondance du fait-divers sanglant dans une presse à grand tirage qui met « le sang à la une ». Face aux figures de la peur qu'incarnent vagabonds et bohémiens dans les campagnes, jeunes « apaches » à Paris et bandes de « chauffeurs » attaquant fermes et habitations isolées comme au temps des écorcheurs, les pouvoirs publics paraissent bien mal armés et l'organisation de la police semble totalement inadaptée, au point que Clemenceau, ministre de l'Intérieur devenu président du Conseil, peut évoquer en février 1907, devant des députés harcelés par leurs électeurs inquiets, des « villes et campagnes si mal gardées » et rappeler que la police judiciaire – « la seule police qu'une démocratie puisse avouer [...] protectrice des citoyens » – est largement insuffisante.

Ce constat est à l'origine de la création des Brigades régionales mobiles de police judiciaire, destinées à suppléer des polices municipales et une gendarmerie dépassées par l'évolution de la criminalité. Créées au nombre de douze en 1908, elles ont « pour mission exclusive de seconder l'autorité judiciaire dans la répression des crimes et délits de droit commun », et la circulaire qui les met en place précise bien que « les enquêtes à caractère administratif et surtout à caractère politique leur sont rigoureusement interdites ». Entrées dans l'imaginaire sous l'appellation de brigades du Tigre en souvenir de Clemenceau, elles constituent la vitrine d'un « modèle républicain » de police au service des citoyens. Si on ajoute qu'elles sont dotées d'automobiles – une par brigade en 1912 –, l'image de « policiers en auto », par opposition à celle des « bandits en auto » incarnés par la bande à Bonnot démantelée en 1912, fait beaucoup pour leur notoriété et leur légende.

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Jean-Marc BERLIÈRE, « POLICE SOUS LA IIIè RÉPUBLIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/police-sous-la-iiie-republique/