POÈTE À NEW YORK, Federico García LorcaFiche de lecture

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Répulsion et révolte

Hermétique, complexe, traversé d'intuitions fulgurantes, ce livre exprime tout d'abord la réaction violente de rejet, ou de répulsion que suscite la Ville où « l'arbre à moignon ne chante pas » chez ce poète de la nature andalouse. Projetées sur le décor citadin, l'angoisse et la désolation intimes lui donnent des allures de cauchemar : « L'aurore de New York/ a quatre colonnes de fange/ et un ouragan de noires colombes/ qui barbotent dans les eaux pourries. [...]/ L'aurore vient et nul ne la prend dans sa bouche/ parce qu'ici il n'y a ni espoir ni lendemain possible... »

La Ville, traitée comme une sorte d'allégorie de la civilisation moderne, est constamment traversée de ces reflets sinistres. D'admirables ou terribles images, comme dans un tableau surréaliste, rendent compte de la découverte hallucinée d'un paysage avec lequel le voyageur se sent en complète disharmonie. Les images de mort, de sang, de décomposition ou de mutilation viennent alors se mêler au fer, au verre ou au béton de l'architecture.

Ce désarroi se transforme en cri de colère devant une civilisation sans racines, où la technique et la machine ont tué la vie : « Je dénonce le complot/ de ces bureaux déserts/ qui ne diffusent pas les agonies,/ qui effacent d'un trait les programmes de la forêt vierge... » La misère sociale, le règne de l'argent, la brutalité d'une civilisation matérialiste révoltent l'auteur du Romancero gitan. L'appel du poète à « l'homme vêtu de blanc » dans « Cri vers Rome », plein de fureur et d'indignation, vitupère contre l'impuissance de cette religion chrétienne qui « ignore que le Christ peut encore donner de l'eau ».

García Lorca va se faire l'interprète de tous les opprimés qui peuplent cet univers sans âme : les enfants, les Juifs, les ouvriers, les exclus. Il se sent en affinité avec les Noirs, qui ont su préserver une communion spontanée avec les éléments naturels, « le bleu désert », « les chameaux somnambules des nuages vides ». Dans ses rythmes frénétiques et avec [...]


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Écrit par :

  • : professeur émérite des Universités, membre correspondant de la Real Academia Española

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Pour citer l’article

Bernard SESÉ, « POÈTE À NEW YORK, Federico García Lorca - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/poete-a-new-york/