LAROQUE PIERRE (1907-1997)

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Par tradition familiale et par sa formation, Pierre Laroque était d'abord un juriste. Entré en 1930 au Conseil d'État, il y a fait la plus grande partie de sa carrière. Il en a été un membre éminent, apportant une importante contribution à l'évolution du droit public et suscitant, par la puissance de son intelligence, par sa rigueur morale et son indépendance, l'admiration et le respect de tous.

Mais Pierre Laroque est surtout connu comme le fondateur de la Sécurité sociale en France. C'était le hasard, disait-il, qui l'avait amené durant les premières années de sa carrière à s'intéresser aux problèmes sociaux, à découvrir – lui qui appartenait à un milieu aisé – ce qu'étaient alors les conditions de vie des travailleurs, marquées parfois par la misère, toujours par l'insécurité.

Cette prise de conscience devait être enrichie par ses expériences de la période de guerre. Il put éprouver personnellement la cruauté des lois raciales, les solidarités qui lui permirent de faire vivre sa famille, la fraternité de la Résistance, l'exaltation de l'action au sein de la France libre.

Pierre Laroque fut appelé, dès septembre 1944, par Alexandre Parodi, ministre du Travail et de la Sécurité sociale (une appellation nouvelle) pour élaborer le plan de sécurité sociale qu'avait voulu le Conseil national de la Résistance. Certes, il existait déjà des institutions d'assistance ou de prévoyance publiques ou privées qui s'étaient constituées progressivement, mais elles étaient incomplètes et dispersées.

Pierre Laroque conçut une organisation nouvelle destinée, selon les termes de l'article 1er de l'ordonnance du 4 octobre 1945, à « garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu'ils supportent ». Cette organisation fondée sur la solidarité devait être unique, universelle et gérée par les assurés ou leurs représentants. Comme directeur général de la Sécurité sociale de 1945 à 1951, Pierre Laroque sut élaborer un important ensemble législatif et réglementaire, organiser l'administration de la Sécurité sociale, mettre en place le réseau des caisses, susciter, avec autorité et chaleur, l'élan indispensable pour opérer ce qu'il considérait comme une véritable révolution.

C'était bien en effet une révolution que la création de ce grand service public dans un pays ruiné par la guerre. Il assurait à tous les salariés du commerce et de l'industrie et à leurs familles une protection contre la maladie – notamment par la création de l'assurance longue maladie –, et à tous les travailleurs des prestations familiales diversifiées et notablement majorées ainsi qu'une protection contre les accidents du travail. Il améliorait, modestement encore il est vrai, la situation souvent misérable des personnes âgées, mais bâtissait pour l'avenir un régime de retraites fondé sur la répartition.

Après qu'il eut regagné en 1951 son corps d'origine, Pierre Laroque continua, notamment comme président jusqu'en 1967 de la Caisse nationale de sécurité sociale, comme président de la section sociale du Conseil d'État (de 1964 à 1980), enfin comme enseignant et comme expert pour de nombreuses missions internationales, à défendre sa conception de la solidarité et de la justice sociale.

Il était demeuré très actif durant sa retraite et toujours porteur d'idées novatrices dans tous les domaines de la politique sociale, participant notamment au Comité des sages dans le cadre des états généraux de la Sécurité sociale de 1987, au Haut Conseil de la population – comme vice-président –, au Comité national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé, présidant le Comité d'histoire de la Sécurité sociale, remplissant, enfin, une mission de conseil auprès de tous les ministres successivement chargés de la protection sociale.

Pierre Laroque était conscient de l'importance de son œuvre. Le « père de la Sécurité sociale » ne méconnaissait ni les imperfections d'une institution qui avait progressivement étendu son champ d'action au prix d'une complexité excessive, ni les réformes structurelles rendues nécessaires par l'évolution démographique, la crise économique et les progrès médicaux et scientifiques. Mais, fidèle aux principes qui avaient gu [...]

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Suzanne GRÉVISSE, « LAROQUE PIERRE - (1907-1997) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-laroque/