GENNES PIERRE-GILLES DE (1932-2007)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Des semi- aux supraconducteurs

Pierre-Gilles de Gennes, né le 24 octobre 1932 à Paris, rapporte lui-même l'originalité de son approche de la science à une scolarité tardive, commencée à douze ans, en raison de sa santé fragile. Auparavant, il avait reçu de sa mère, à Barcelonnette, une éducation qui rappelle celle que propose Rousseau dans l'Émile. Il développera son intérêt initial pour la physique à travers des visites au palais de la Découverte. Il restera toujours fidèle à ce musée de sciences interactives créé par Jean Perrin en 1937, et à la communication scientifique auprès d'un large public, tels ces dizaines de milliers de lycéens qu'il a rencontrés après son prix Nobel. Cet intérêt pour le partage des savoirs a marqué aussi la carrière universitaire de De Gennes, pour qui l'art du conteur, le jeu de scène et la recherche d'images simples accompagnaient toujours la conférence la plus savante, d'où toute prétention était bannie.

La préparation au concours d'entrée à l'École normale supérieure, qu'il effectue dans une section où étaient associées les sciences physiques et les sciences naturelles, fait de lui un naturaliste qui observe et décrit avant d'interpréter. Il a souvent présenté son travail de théoricien comme celui de la reconstruction patiente d'un puzzle plutôt que de l'utilisation d'illuminations soudaines. « Quand je vois un écheveau bien enchevêtré, a-t-il confié, je me dis qu'il serait bien de trouver un fil conducteur. »

Ses études rue d'Ulm (de 1951 à 1955), auprès d'Yves Rocard, lui font connaître l'expérimentation en physique des semi-conducteurs dans le laboratoire de Pierre Aigrain, un autre physicien très intuitif et imaginatif. Mais il ne s'estimait pas très doué pour l'expérimentation, même s'il a toujours, par la suite, mis en avant l'expérience. Il fait une thèse en physique théorique au C.E.A. (Commissariat à l'énergie atomique), auprès d'Anatole Abragam et André Herpin, sur le magnétisme des matériaux et des alliages ainsi que sur les fluctuations de cet ordre que permettent d'étudier les techniques de diffusion de neutrons, nouvellement découvertes. Cette thèse sera l'occasion pour de Gennes de forger ses premiers outils théoriques tels que l'utilisation des corrélations des fluctuations spatiales et temporelles d'un matériau possédant un grand nombre d'éléments. En 1961, il est accueilli comme maître de conférences par Jacques Friedel dans le laboratoire de physique des solides qui se met en place à la faculté des sciences d'Orsay avec André Guinier et Raymond Castaing et dont le rayonnement marquera le développement de cette discipline en France dans les décennies suivantes. L'influence de ces physiciens, la participation à une école d'été de physique théorique des Houches en 1953, ainsi qu'un séjour auprès de Charles Kittel à Berkeley, en 1959, sont à prendre en compte dans la formation en physique des solides de Pierre-Gilles de Gennes.

À Orsay, il s'intéresse à la supraconductivité. Ce phénomène, qui se manifeste par la disparition soudaine de la résistance électrique de certains solides au-dessous d'une température généralement très faible, dite température critique, avait été découvert au début du xxe siècle. Toutefois, la compréhension du mécanisme microscopique de la supraconductivité par John Bardeen, Leon N. Cooper et Robert Schrieffer, qui leur vaudra le prix Nobel en 1972, était toute récente. Dans le même temps, les physiciens soviétiques A. Abrikosov et V. L. Gorkov venaient de décrire certains effets d'impuretés magnétiques dans les alliages supraconducteurs, dits « sales ». Avec audace et plutôt que d'attendre d'avoir été reconnu comme expert dans ce domaine nouveau pour lui, De Gennes met très vite en place un groupe de jeunes élèves expérimentateurs et théoriciens et va développer avec eux un vaste programme de recherche autour de thèmes tels que l'étude des effets de pénétration du champ magnétique dans les supraconducteurs, la supraconductivité de surface en champ magnétique élevé ainsi que la proximité induite dans une couche non supraconductrice déposée sur un supraconducteur. Le Groupe de supraconductivité d'Orsay publiera, sous ce nom, des travaux où la part de Pierre-Gilles de Gennes sera toujours essentielle. Son premier ouvrage, Superconductivity of Metals and Alloys (1964), reste, à ce jour, un ouvrage de référence, même après la découverte révolutionnaire postérieure des supraconducteurs à haute température critique par Bednorz et Muller pour laquelle le prix Nobel leur sera attribué en 1987.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Écrit par :

  • : directeur honoraire de l'École normale supérieure, Paris

Classification

Autres références

«  GENNES PIERRE-GILLES DE (1932-2007)  » est également traité dans :

MACROMOLÉCULES

  • Écrit par 
  • Michel FONTANILLE, 
  • Yves GNANOU, 
  • Marc LENG
  •  • 13 786 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Interprétation théorique du comportement rhéologique »  : […] Le premier modèle proposé est celui de Rouse (1953). Il représente la chaîne comme un assemblage de perles reliées entre elles par des ressorts. Ces perles sont censées interagir par friction (avec un coefficient f ) avec leur milieu environnant, tandis que les ressorts répondent de façon élastique à une sollicitation. Le milieu visqueux exerçant une force d'entraînement sur la chaîne (force propo […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Étienne GUYON, « GENNES PIERRE-GILLES DE - (1932-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-gilles-de-gennes/