BATIFFOL PIERRE (1861-1929)

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Ecclésiastique, historien du christianisme ancien et personnage en vue lors de la crise moderniste, dont il fut l'une des victimes malgré son hostilité déclarée au modernisme et aux modernistes. Pierre Batiffol avait été, à l'Institut catholique de Paris, l'un des élèves préférés de Louis Duchesne, qui lui fit confier une mission scientifique en Albanie (1885) et avec lequel il se brouilla rapidement. Au cours d'un séjour à Rome comme chapelain à Saint-Louis-des-Français, il fut l'élève de l'archéologue J. B. De Rossi. Aumônier du collège Sainte-Barbe à Paris (1889-1898), il y connut toute une génération de normaliens brillants (les frères Tharaud ont évoqué sa figure dans Notre Cher Péguy). Recteur de l'Institut catholique de Toulouse (1898-1907), il y donna une vive impulsion aux études religieuses, mais suscita par son caractère de fortes animosités qui ne l'épargnèrent pas. Suspecté dans son orthodoxie (son livre L'Eucharistie, mis discrètement à l'Index, n'en fut retiré qu'en 1913 après de longues négociations et d'importantes corrections), il fut déchargé de sa fonction dans d'obscures conditions dont personne ne voulut assumer la responsabilité. Il revint alors à Paris et reprit son aumônerie de Sainte-Barbe jusqu'à sa mort.

Batiffol avait été, un certain temps, secrétaire de la Revue biblique, fondée par le père Lagrange, qui la dirigeait de Jérusalem. Dès 1896, il y avait pris position contre Alfred Loisy, adoptant une attitude dont il ne devait jamais se départir : ainsi avait-il voulu faire de son Institut un centre agissant de la lutte antimoderniste en même temps que de haute culture religieuse. Son attitude en ce point restera difficile à cerner tant qu'on manquera sur lui d'une biographie sérieuse : on ne peut encore en juger que par l'apologie qui a dicté l'étude historique de son élève Jean Rivière (Le Modernisme dans l'Église, 1929) et par la réaction critique de Loisy à cette apologie dans ses Mémoires (1930-1931).

L'essentiel de l'œuvre de Batiffol constitue une histoire de la formation du catholicisme, des origines au pape Léon : L'Église naissante et le catholicisme (1909, rééd. 1971), La Paix constantinienne (1914), Le Catholicisme de saint Augustin (1920) et Le Siège apostolique (1924).

—  Émile POULAT

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  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

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Dans le chapitre « En France »  : […] En France, de façon schématique, on peut distinguer trois tendances majeures : les progressistes se persuadent qu'une telle conversion se limite à la maîtrise d'une discipline, sans mettre en cause l'édifice théologique (Mgr Batiffol, le père Lagrange, le père de Grandmaison) ; les modernistes pensent qu'elle impose une révision profonde des idées reçues et, corrélativement, du « régime intellect […] Lire la suite

Pour citer l’article

Émile POULAT, « BATIFFOL PIERRE - (1861-1929) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-batiffol/