MANZONI PIERO (1933-1963)

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Désacralisation de l'art

L'œuvre protéiforme de Manzoni fut souvent mise en parallèle avec celle d'Yves Klein, son contemporain. On a parfois voulu réduire leurs rapports à l'influence de l'aîné (Klein était né en 1928) sur son cadet. Il serait plus judicieux de les examiner sous l'angle de la différence. Au monochrome de Klein, Manzoni opposa certes ses Achromes – dont la matérialité importe plus que la blancheur. Mais plus généralement, alors que l'œuvre de Klein sollicite une adhésion, celle de Manzoni développe une ironie mordante. Ses tableaux achromatiques ne sont pas « peints » ; ses toiles sont préparées, fripées et trempées dans du sulfate de calcium et de la colle. Les lignes qu'il trace ne se convertissent pas en dessin, ses manifestations se rient du religieux et ses Socles magiques ne produisent aucune illusion.

L'ironie culmine avec ses boîtes de « merde d'artiste », qui n'ont pas fini de faire débat. Elles participent d'une désacralisation généralisée de l'art, tout comme les signatures apposées sur des modèles vivants, la consommation d'œufs, la multiplication d'empreintes digitales qui n'authentifient rien, ou encore les Souffle d'artiste que Manzoni recueillait dans des ballons de baudruche. Organisateur d'expositions, fondateur avec Enrico Baj du groupe Arte Nucleare, dont il signe le manifeste Contre le style (1957), et avec Enrico Castellani d'une revue, Azimuth (1959-1960), Piero Manzoni va fédérer les propositions esthétiques qui émanent des mouvements Nul en Hollande, Zéro à Düsseldorf (Allemagne), du Nouveau Réalisme en France et du Spatialisme en Italie. Il écrit plusieurs textes qui précisent sa pensée. Dans l'un d'eux, « Aujourd'hui le concept de tableau... » (1957), il affirme que « l'essentiel est de ne jamais accorder crédit à ce qui relève d'un conditionnement subjectif et de donner image à notre humanité originaire ». Un [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Denys RIOUT, « MANZONI PIERO - (1933-1963) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 août 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/piero-manzoni/