PICKPOCKET, film de Robert Bresson

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« Écrire avec des images en mouvement et des sons »

Bresson adapte très librement un fragment de Crime et châtiment de Dostoïevski. Son film décrit le comportement du personnage principal, Michel, le pickpocket, sans jamais lui donner d'explication de nature psychologique et sans jamais provoquer de processus d'identification. Le vol à la tire est ici la pratique transgressive qui permet de poser les limites du bien et du mal, du libre arbitre, du péché et de la grâce, si l'on désire appliquer une grille de lecture chrétienne. Cette thématique d'inspiration dostoïevskienne est représentée au moyen d'une écriture cinématographique tout à fait nouvelle, fondée sur l'ellipse, le cadrage en plans serrés, le montage court et, par-dessus tout, sur la représentation des regards et des gestes. La pratique du vol de portefeuille, la surveillance permettent à Bresson de cadrer systématiquement les mains, les gestes de ses acteurs, et l'intensité de leurs regards.

Pour mettre en évidence ces éléments formels, Bresson évacue toute référence au découpage classique et à l'alternance des personnages en champ-contrechamp. Il désoriente le spectateur par les échelles de plan en refusant les plans de situation d'ensemble. Ce travail de stylisation visuelle va de pair avec une réduction encore plus radicale des éléments sonores. Les personnages parlent peu et, quand ils énoncent quelques phrases, c'est de la manière la moins dramatisée possible. Les quelques extraits musicaux de Lully sont parcimonieusement agencés. André Bazin qualifiait à juste titre Robert Bresson de « janséniste de la mise en scène ».

Bresson théorise sa conception de la mise en scène en opposant son « cinématographe » au « cinéma-spectacle ». Pour lui, le cinématographe est une écriture qui doit tourner le dos au théâtre et à l'art dramatique ; d'où sa conception de l'acteur « modèle » qui ne doit pas être un acteur de théâtre, mais un modèle comme celui d'un peintre. Le cinéaste a théorisé sa conception de la mise en scène dans un petit livre remarquable de densité : Notes sur le cinématographe. Dès les premières minutes de Pickpocket, une main cadrée en gros plan écrit sur un cahier d'écolier : « Je sais que d'habitude ceux qui ont fait ces choses se taisent ou que ceux qui en parlent ne les ont pas faites. Et pourtant je les ai faites » ; une voix récite le texte qu'on peut lire. C'est une manière radicale pour le cinéaste d'afficher son parti pris d'écriture.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Michel MARIE, « PICKPOCKET, film de Robert Bresson », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pickpocket/