PHILIPPE II D'ESPAGNE (1527-1598)

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Un prince riche de plusieurs royaumes

Fils de Charles de Habsbourg et d'Isabelle de Portugal, le prince Philippe naquit à Valladolid le 21 mai 1527 et fut confié aux soins d'une noble dame portugaise. Lorsqu'il eut atteint l'âge de sept ans, son père lui constitua une maison. Son précepteur, Juan Martínez Siliceo, un ecclésiastique, lui enseigna le latin. Son gouverneur, don Juan de Zúñiga, lui fit pratiquer l'escrime, la chasse et la danse.

Premiers gouvernements (1540-1559)

En 1543, l'empereur quitta l'Espagne pour de longues années et nomma le prince Philippe régent. Philippe épousa sa cousine Marie de Portugal, qui mourut en donnant le jour à don Carlos. Charles Quint lui avait conféré en 1540 l'investiture du duché de Milan, puis lui fit entreprendre en 1548 un voyage en Italie, aux Pays-Bas et en Allemagne, laissant la régence à sa fille Marie et à son gendre Maximilien. Revenu en Espagne en 1551, Philippe s'embarqua en 1554 pour l'Angleterre, muni du titre de roi de Naples, pour épouser la reine Marie Tudor. Aucun héritier n'étant né de cette union, l'empereur rappela son fils à Bruxelles. Peu après, il abdiqua en sa faveur, lui transmettant la souveraineté des Pays-Bas (sept. 1555) puis celle de l'Espagne (janv. 1556).

Il retourna en Castille au moment où les hostilités éclataient en Italie contre Paul IV, soutenu par Henri II. Le duc d'Albe envahit les États pontificaux et empêcha le duc de Guise de conquérir Naples. Philippe II resta aux Pays-Bas d'où ses armées menaçaient directement la France. La victoire de Saint-Quentin ne put être exploitée et fut compensée par la prise de Calais par François de Guise. À la fin, Henri II et Philippe II, à bout de ressources et inquiets des progrès du protestantisme, firent la paix au Cateau-Cambrésis (3 avr. 1559). L'Italie était soumise à l'hégémonie espagnole, la France conservait Calais et les Trois-Évêchés. Veuf de Marie Tudor, Philippe se remaria avec Élisabeth de Valois. La réconciliation des deux dynasties mettait fin à un conflit qui durait depuis quarante ans. N'ayant plus de raison majeure de demeurer aux Pays-Bas, le roi, répondant aux vœux de l'opinion espagnole, regagna la Péninsule, qu'il ne devait plus quitter. En son absence, sa sœur Jeanne, veuve du prince de Portugal, avait exercé la régence.

Le gouvernement de l'Espagne (1559-1598)

Philippe II ne changea rien aux institutions de l'Espagne, les États de la couronne d'Aragon restant distincts de la Castille, pays le plus peuplé, le plus riche et le plus soumis. Il y résida la plupart du temps. Madrid devint le siège du gouvernement, tandis que le souverain faisait bâtir l'immense palais de l'Escorial, achevé seulement en 1584. Peu martial, sédentaire, il consacra tout son temps aux affaires de l'État. Roi bureaucrate, il n'hésitait pas à entrer dans les plus minimes détails.

Ses conseillers se divisaient en deux clans, l'un mené par le prince d'Éboli et le secrétaire Antonio Pérez, l'autre par le duc d'Albe et plus tard le cardinal Granvelle. Quelques affaires dramatiques sont restées célèbres. Tout d'abord le conflit qui opposa le roi à son fils don Carlos, disgracié par la nature et incapable de régner. Ayant intrigué avec les rebelles des Pays-Bas, celui-ci fut emprisonné et mourut mystérieusement (1568). Tout aussi ténébreuse fut l'affaire Antonio Pérez, où le rôle du souverain n'a pas été éclairci. Pérez, responsable en 1578 du meurtre d'Escovedo, secrétaire de don Juan d'Autriche, frère naturel du roi et alors gouverneur des Pays-Bas, fut arrêté en même temps que la princesse d'Éboli. Il s'échappa et se réfugia en Aragon, où il suscita des troubles. Saragosse, en état de rébellion, fut durement châtiée. Tandis que Pérez réussissait à gagner la France, le grand juge, Juan de Lanuza, fut exécuté (1591). L'année suivante, les libertés de l'Aragon furent restreintes.

Vigilant défenseur de l'orthodoxie religieuse, Philippe II soutint l'Inquisition. Des groupes suspects de protestantisme furent décimés par des autodafés à Valladolid et à Séville. L'archevêque de [...]

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  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Grenoble

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Pour citer l’article

Henri LAPEYRE, « PHILIPPE II D'ESPAGNE (1527-1598) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/philippe-ii-d-espagne/