SCHIDLOF PETER (1922-1987)

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La disparition de l'altiste de l'Amadeus Quartet (en français, Quatuor Amadeus) a mis fin à l'histoire de l'une des plus étonnantes formations de musique de chambre. Reconnu dans le monde entier comme l'un des meilleurs quatuors de son temps, l'Amadeus Quartet était la seule formation de ce genre dont les membres sont restés inchangés pendant les quarante années de leur histoire. À ce stade, il était impensable de trouver un remplaçant à Peter Schidlof, et l'Amadeus Quartet a cessé d'exister le 15 août 1987. Mais les trois membres survivants ont repris une activité en trio, soit sous le nom d’Amadeus Ensemble, soit, avec le pianiste Georges Pludermacher, sous le nom d’Amadeus Klaviertrio.

De son vrai nom Hans Schidlof, il voit le jour à Vienne le 9 juillet 1922 dans une famille juive originaire d'une région viticole proche de la Tchécoslovaquie. Il reçoit ses premières leçons de violon... d'un forgeron. Puis ses parents l'envoient dans une école catholique. Mais l'Anschluss approche. Sa famille voit venir le danger et lui fait gagner l'Angleterre avec sa sœur. Ils y débarquent, seuls, en décembre 1938. Hans (Peter) est inscrit à l'école St. Felix, à Southwold, dans le Suffolk. Un de ses professeurs, qui l'entend jouer du violon, obtient une bourse pour qu'il aille étudier à l'école Blundell de Tiverton, dans le Devonshire. À la déclaration de guerre, il est interné, comme tous les réfugiés étrangers. De camp en camp, il va d'abord dans le Shropshire, où il rencontre Norbert Brainin, un autre violoniste juif autrichien émigré qui, lui, sera vite libéré. Puis c'est l'île de Man, où il se lie d'amitié avec Siegmund Nissel (mêmes origines, même instrument). Un an plus tard, Schidlof est libéré. Grâce à des amis, il rencontre Max Rostal, qui accepte de le faire travailler gratuitement. Il retrouve alors Brainin et Nissel. Son instrument est toujours le violon mais, à l'occasion, il tient la partie d'alto lorsqu'ils font de l'orchestre ou de la musique de chambre. La vie est très dure : il travaille le jour pour apprendre le métier de mécanicien-dentiste et ne peut se consacrer à la musique que le soir venu. À la fin des hostilités, il a déjà opté pour une carrière de musicien professionnel. La chance se présente en 1946, lorsqu'une collègue malade lui demande de la remplacer au pied levé pour donner la première audition en Angleterre du Duo pour violon et violoncelle d'Arthur Honegger. Le violoncelliste est un jeune Anglais de dix-neuf ans, Martin Lovett. Les quatre musiciens étaient trouvés. Il ne manquait plus que la volonté de former un quatuor ; il fallait aussi résoudre le délicat problème de l'alto. Brainin et Schidlof étaient tous deux susceptibles de tenir cette partie. Ils avaient même envisagé d'alterner. Mais la cohésion d'un quatuor à cordes ne peut s'accommoder de tels changements et c'est sous le nom de Quatuor Brainin que les quatre musiciens se produisent pour la première fois en 1947. Schidlof, qui se prénomme à présent Peter, sera altiste. L'essai est concluant, mais le nom de l'ensemble laisse à désirer. Nissel propose Amadeus, en hommage à Mozart. Ce sont les débuts à Londres, à Wigmore Hall, le 10 janvier 1948.

Rapidement, l'Amadeus Quartet s'impose comme l'un des meilleurs quatuors anglais. En 1950, ils jouent pour la première fois en Allemagne, deux ans plus tard aux États-Unis, puis au Japon, en Amérique du Sud... Le monde entier les réclame et ils enregistrent le répertoire de référence (Mozart, Beethoven, Schubert). Entre 1966 et 1968, ils sont quatuor résident à l'université d'York, qui leur décerne le titre de docteur honoris causa. En 1970, ils voient plus de vingt ans de travail en commun couronnés par l'ordre de l'Empire britannique. En 1973, l'Allemagne fédérale leur décerne la Gross Verdienstkreuz et, l'année suivante, ils reçoivent la Ehrenkreuz für Kunst und Wissenschaft autrichienne.

Malgré les contraintes de la vie commune, Schidlof et Brainin conservent une certaine activité de soliste : tous deux jouent et enregistrent régulièrement la Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart, et Schidlof est souvent sollicité pour Harold en Italie de Berlioz ou pour les concertos de Bartók ou de Walton. Plusieurs artistes, pianistes ou altistes, ont joué régulièrement avec eux : Clifford Curzon, Hephzibah Menuhin, Christoph Eschenbach, Emil Guilels, Cecil Aronowitz ou William Pleeth. En quarante ans d'activité, le quatuor ne connaîtra qu'une seule interruption, en 1960, lorsque Siegmund Nissel sera atteint d'une tumeur bénigne au cerveau.

Chacun des quatre musiciens jouait sur un instrument exceptionnel : Brainin possède un Guarnerius de 1734, autrefois la propriété de Pierre Rode (ainsi qu'un Stradivarius de 1725, le Chaconne), Nissel, un Stradivarius de 1731, Lovett un Stradivarius de 1725, le Vaslin ou La Belle Blonde. Quant à Schidlof, il jouait sur un alto de Stradivarius plus ancien, le Macdonald, fabriqué en 1701, que le luthier londonien Alfred Hill considérait comme le plus bel alto existant. Faut-il établir une relation entre ces instruments et les sonorités exceptionnelles de l'Amadeus Quartet ? Ils ont certes joué un rôle important, mais le raffinement du style des « Amadeus », leur spontanéité légèrement retenue, leur recherche de la beauté du son classique ou certains portamentos restent des caractéristiques essentiellement humaines. Parfois trop intellectuels pour certaines œuvres qui réclament une expression plus débordante, ils auront eu pour domaine de prédilection, pendant quarante ans, la musique de Haydn, Mozart, Beethoven et Schubert. Ils ont fait quelques rares incursions dans le domaine de la musique contemporaine (Schönberg, Bartók — les trois derniers quatuors —, Tippett, Chostakovitch), et Britten a écrit pour eux son Troisième Quatuor (1975).

La vie commune était soigneusement réglée : ils limitèrent le nombre de concerts annuels d'abord à cent, puis à soixante-quinze, pour ne pas vivre la valise à la main, chacun cherchant à préserver sa propre vie de famille. Au sein du quatuor, Schidlof organisait les voyages. Des quatre musiciens, il était peut-être le plus intransigeant sur la justesse et la rigueur.

On pourra consulter : D. Snowman, Le Quatuor Amadeus, trad. de l’anglais C. Malroux, Buchet-Chastel, Paris, 1981.

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  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Alain PÂRIS, « SCHIDLOF PETER - (1922-1987) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/peter-schidlof/