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Perse antique

Deux millénaires de civilisation élamite (2500-640 av. J.-C.)

Quoique non iranienne, la civilisation élamite fait partie du patrimoine de la Perse. Bien que dépendant pour une grande part de la civilisation assyro-babylonienne, elle a son originalité. Seule en Iran, la ville de Suse peut se glorifier d'un aussi lointain passé que Babylone, sa rivale. Ne serait-ce qu'à ce titre, il paraît justifié de faire commencer l'histoire de l'Iran par celle de l'Élam.

Cette première civilisation urbaine, produite par un peuple venu du Zagros en même temps que les Lullubi, Guti et Kassites, répond bien, en effet, aux caractéristiques définies ci-dessus. C'est un peuple de langue asiatique, qui n'a pas écrit, ou presque, et faute de documents comparables aux annales assyriennes ou aux textes religieux de l'Égypte ancienne, on doit se contenter des quelques tablettes de comptabilité, d'ex-votos ou de listes de divinités retrouvées, et faire appel aux sources étrangères, comme pour toute l'histoire de l'Iran ancien. Pourtant, les Élamites possédaient, dès le début du IIIe millénaire, leur écriture propre, pictographique et non encore déchiffrée. Mais le vieil élamite des inscriptions sur pierre est connu à travers une écriture empruntée aux Sumériens, ce qui est un indice du faible usage qui était fait de l'écriture nationale. Désormais, les Iraniens empruntèrent toujours leur écriture à des voisins, en la transformant, qu'il s'agisse du cunéiforme (élamite ou vieux perse) ou de l'araméen et des divers systèmes d'écriture qui en sont issus et ont servi à transcrire les dialectes du moyen perse. Dès le xvie siècle avant J.-C., en effet, les Élamites utilisent une écriture cunéiforme dérivée du système akkadien. Les documents les plus récents sont les versions des inscriptions achéménides des ve et ive siècles, ainsi que les nombreuses tablettes commerciales retrouvées à Persépolis.

Puissance ou dépendance

L'histoire de ces Élamites est donc malaisée à retracer. À haute époque, ils sont soumis à Akkad, puis indépendants et à nouveau soumis sous le grand Sargon, et leur culture liée désormais à celle de la basse Mésopotamie. On peut distinguer trois grandes périodes. De 2500 à 1500 environ, plusieurs dynasties se succèdent, et la dernière, celle des Épartides, ou Grands Régents, témoigne d'une organisation bien élaborée et originale, dans laquelle les institutions sont fondées sur le fratriarcat. Ainsi, c'est le frère cadet du roi régnant (et vice-roi du royaume) qui hérite sa succession, tandis que le troisième personnage de l'État, chargé du gouvernorat de Suse, et fils aîné du roi, n'a aucune chance d'accéder à la charge suprême, si ce n'est au cas (rarissime) où il n'y a plus ni frères ni cousins capables d'assurer la succession. Ce droit du frère évolua cependant au profit du droit d'héritage du fils, parmi le peuple, mais non dans la maison royale où il se maintint jusqu'à la décadence de l'empire. Mais, en fait, ce droit était limité par une forte mortalité, aggravée par les lois du mariage consanguin et du lévirat. Il semble que nulle part ailleurs n'ait existé pareil système.

À partir de 1500, les sources se taisent et il semble bien que ce silence coïncide avec la domination d'un peuple voisin, les Kassites, qui s'emparèrent de Suse sous le règne de Kurigalzu II (1345-1324) et furent les maîtres de Babylone pendant plus de cinq siècles, jusqu'en 1171. Ce peuple introduisit l'usage du cheval et du char de guerre.

Le rejet de la domination kassite fut suivi d'une réaction nationale qui inaugura la période classique et fut marquée par une brillante civilisation, par la construction de la célèbre ziggurat de Tchogha-Zambil, due à Untash-Napirisha, qui fit de grands travaux pour l'alimentation en eau de sa capitale Dur-Untash. Ses deux successeurs forment la dynastie des Shutrukides. Ils réussirent à piller la Babylonie et la fameuse stèle du code d'Hammourabi tomba entre leurs mains, de même que les statues des dieux Mardūk et Nana. Cette glorieuse époque s'achève avec la prise de Suse par Nabuchodonosor Ier, vers 1110.

Ziggourat de Tchoga Zanbil, Iran

Photographie : Ziggourat de Tchoga Zanbil, Iran

Ziggourat construite par le roi d'Élam Untash-Napirisha (1265-1246 env. av. J.-C.) à Dur-Untash (Tchoga Zanbil), située à une trentaine de kilomètres au sud-est de Suse, Iran. 

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Ziggourat de Tchoga Zanbil, Iran

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La Fileuse, bas-relief

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-600 à -200. Philosophes et conquérants

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  • : chargé de recherche au C.N.R.S., chargé de conférences à l'École pratique des hautes études (IVe section)
  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

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Pour citer l’article

Jean CALMARD, Philippe GIGNOUX, « PERSE - Histoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/perse-histoire/