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L'Élam et l'Iran avant la conquête d'Alexandre

La préhistoire

Parcouru depuis des temps immémoriaux comme le reste du monde par des chasseurs-cueilleurs paléolithiques, l'Iran occidental accueillit, dans le courant du VIIIe millénaire avant J.-C., des nomades venus des plaines de l'Ouest, qui semblent y avoir introduit alors l'idée, née au Levant, d'une exploitation des plantes cultivables et des animaux domesticables qui y vivaient à l'état sauvage. Dès lors, ce que nous appelons la « révolution néolithique » suscita le long développement de la civilisation villageoise d'agriculteurs et d'éleveurs. Un décor de têtes de bélier, dans les maisons très archaïques de Ganj Dareh, au Kurdistan iranien, ne relève pas réellement de l'art, mais on commença à façonner des figurines féminines et animales en argile, ainsi que de petits objets : sphères, cônes, disques, utilisés pour compter. Ce procédé suffisait à une économie archaïque, sans vraiment évoluer. Au contraire, on peut suivre les étapes du développement d'un premier art dans les figurines de femmes aux formes opulentes, délibérément stylisées afin d'éviter de reproduire la réalité apparemment redoutée du visage humain, selon une tradition spécifiquement préhistorique remontant en somme au Paléolithique. Le décor peint de la céramique allait désormais être le mode d'expression privilégié des cultures villageoises réparties du VIe au IVe millénaire jusqu'en Iran oriental. On exploitait le cuivre natif des montagnes bordant la vaste dépression centrale correspondant aux déserts de Kévir et de Lut, mais sans que cette industrie suscitât une supériorité culturelle particulière. Toutefois, dans la province de Kerman, les habitants de Tépé Yahya créèrent une petite statuaire très vigoureuse dans la simplification des formes de la femme et du bélier aux cornes spiralées.

Les transhumances des montagnards du Luristan les amenaient à descendre déjà dans les plaines adjacentes de Deh Luran et surtout de Susiane dont les habitants élaborèrent longuement, en symbiose avec ces nomades, une civilisation sédentaire, prélude à l'urbanisation. Finalement, autour de 4000 avant J.-C., ils fondèrent la grosse agglomération de Suse dont les chefs furent en mesure de patronner la construction d'une énorme terrasse haute de plus de 10 mètres, socle de leur demeure de prestige malheureusement anéantie, mais certainement comparable à celle d'Eridu, en Mésopotamie présumérienne. La céramique contemporaine illustre alors l'apogée de la tradition encore préhistorique montagnarde, répandue dans la plaine susienne, avec une splendide stylisation des figures organisées dans un cadre rigoureux. L'être humain en est presque absent ; il apparaît plutôt sur les sceaux, sous l'aspect mythique de maîtres des animaux qui n'étaient certainement pas des dieux proprement dits. La conception de la divinité semble ainsi avoir été encore étrangère à l'archaïsme préhistorique. Mais ce type de personnage était apparenté à une figure nouvelle apparemment bien humaine et représentative d'une évolution sociale décisive : celle d'un chef religieux, sorte de préfiguration du roi des États urbanisés des temps historiques, qu'annonçaient déjà les usages proprement administratifs des sceaux. Et, cependant, la stylisation de ces figures restait conforme à la tradition archaïque de la préhistoire, qui rejetait sans doute inconsciemment le réalisme humain.

L'avènement de l'État urbain de type sumérien

Dans le courant du IVe millénaire, les populations de basse Mésopotamie prirent leur identité sumérienne en créant la première civilisation urbaine et en rejetant non les acquis, mais les traditions, devenues archaïques, des temps révolus. La cité d'Uruk semble avoir été le berceau de cette « révolution urbaine » dont elle mérite d'être prise pour la référence historique et archéologique, en s'achevant par l'élaboration de la plus ancienne écriture. Or le même processus de rejet des traditions archaïques illustrées par la céramique peinte s'observe en Susiane, qui se rattacha ainsi culturellement à la Mésopotamie proto-sumérienne, certainement du fait de sa population apparentée, qui dut supplanter et acculturer [...]

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Écrit par :

  • : inspecteur général honoraire des Musées de France, ancien conservateur en chef du département des Antiquités orientales du musée du Louvre
  • : membre de l'Institut

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Pour citer l’article

Pierre AMIET, Ernest WILL, « PERSE - Arts », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/perse-arts/