PERCEPTION (notions de base)

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« Inventer » son monde

Le réalisme naïf que nous avons évoqué au début ne résiste ni à la philosophie ni aux sciences qui, toutes, démontrent, chacune avec ses méthodes, qu’il n’y a en dehors de nous aucune des « réalités » que nous croyons percevoir. Ce sont nos activités neuronales qui construisent le monde que nous percevons, et ce monde n’a aucune véritable correspondance en dehors de nous. Devrions-nous alors renoncer à trouver la moindre « vérité » dans nos perceptions ? Peut-être pas. Si nous considérons classiquement la vérité comme la correspondance entre nos perceptions, et plus généralement nos représentations, et le réel extérieur indépendant de nous, sans doute nous faudra-t-il juger archaïque l’idée même de vérité. Mais ne disposons-nous pas depuis les théories de Charles Darwin (1809-1882) d’une autre définition de la vérité ?

Cette autre définition avait été déjà entrevue par les philosophes du xviie siècle. Descartes considérait les messages des sens comme de précieuses informations destinées à préserver nos corps. Si la sensation de brûlure ne m’apprend rien sur ce qu’est objectivement la chaleur, elle me permet d’éviter de mettre mon corps en danger. À la suite de Descartes, Malebranche (1638-1715) reprend cette thèse en la résumant par ces mots : « Nos sens ne nous sont donnés que pour la conservation de notre corps. » La théorie darwinienne de l’évolution va plus loin en érigeant cette thèse en une nouvelle conception de la vérité : est vraie toute perception permettant à une espèce de se maintenir dans l’existence. On peut illustrer cette conception par un exemple imaginaire : si tous les singes d’une certaine espèce avaient développé une perception déformée des branches d’arbres, cette espèce n’aurait pas survécu, chaque individu s’écrasant au sol en pensant à tort saisir l’une de ces branches pour s’y accrocher.

Vue sous cet angle, la « subjectivité » de nos perceptions n’est en aucun cas un signe d’erreur. La nature permet une sorte de « miracle », celui d’autoriser chaque espèce à vivre dans ce qu [...]

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Écrit par :

  • : professeur agrégé de l'Université, docteur d'État ès lettres, professeur de khâgne

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Philippe GRANAROLO, « PERCEPTION (notions de base) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/perception-notions-de-base/