PÉDAGOGIELes approches contemporaines

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1945-1965 : de grandes espérances

La Seconde Guerre mondiale, pourtant, avait donné lieu, tant de la part des instances nationales ou internationales que de la part de nombreux « activistes » de la pédagogie, à des résolutions, sinon à des déclarations fort parentes de celles qui avaient pu fleurir au lendemain de la Première Guerre mondiale, telles que la Charte de Calais (1921), du nom du célèbre congrès où fut fondée la Ligue internationale pour l'éducation nouvelle.

Les années 1950 constituent ainsi pour l'innovation pédagogique une période apparemment faste, au sujet de laquelle quatre remarques peuvent être faites. En premier lieu, une sorte de consensus semble s'établir autour des valeurs de l'éducation nouvelle, qui passent à l'état de lieux communs pédagogiques et sont même consacrées par le discours des instructions officielles : tenir compte des rythmes et des stades du développement de l'enfant, lutter contre l'encyclopédisme et le psittacisme, rendre l'enfant actif, partir de ses centres d'intérêt, susciter la coopération au lieu de la compétition, donner le pas à la découverte sur l'exposé, à la démarche inductive sur la démarche déductive. Toutes ces propositions constituent désormais une espèce de doctrine commune de la novation, difficile à contester pour qui ne veut pas passer pour réactionnaire. Elles ont pour elles de refléter la valeur dominante de modernité.

On notera, en deuxième lieu, que c'est précisément cette valeur qui préside à la politique de l'éducation dans les années où les sociétés développées, comme les pays en développement, ont à construire, parfois de toutes pièces, un système d'enseignement à la mesure du décollage de l'économie d'après-guerre. La croissance démographique impose l'urgence des réalisations et leur planification. Mais les besoins de l'industrie, dans le bond en avant que la guerre elle-même a inauguré, semblent capables d'occuper pour longtemps une main-d'œuvre nombreuse et de haute qualification. Se renforce alors le profil idéologique du travailleur moderne, capable d'initiative, de décision, de participation et de mobilité dans un monde en mutation, où le pouvoir et le savoir ont opéré leur alliance définitive grâce à l'emprise technologique sur la matière et le destin des sociétés. Mais ce profil est aussi bien celui de l'élève que conçoit l'éducation moderne. Ainsi la valeur de modernité s'impose à la pédagogie suivant une loi de la double échelle. À l'échelle des systèmes d'enseignement, vont se succéder de vastes plans d'investissement intellectuel du potentiel humain des nations. Le volontarisme est de rigueur. L'U.N.E.S.C.O. décrétera que la décennie soixante sera la décennie du développement et de l'alphabétisation. Mais, à l'échelle des initiatives de nombreux acteurs, correspond un même volontarisme traduisant en termes idéaux, à connotations souvent progressistes et critiques, les impératifs de la croissance dont, à cette époque, on ne conteste ni le bien-fondé, ni le rôle moteur dans les orientations de l'éducation. L'après-guerre voit fleurir de nombreux groupements ou mouvements pédagogiques.

En troisième lieu, on constate que des moyens nouveaux sont, par ailleurs, disponibles. La technologie des moyens de communication permet d'introduire les médias audiovisuels dans la pratique de l'enseignement. Marshall McLuhan (1962) ferme l'ère de la « galaxie Gutenberg » et annonce que « le medium est le message », ce qui, transposé dans la classe, impose une extrême attention à la forme de la communication. L'enseignement programmé constitue un autre progrès de la technologie des apprentissages. Application de la psychologie du comportement au processus enseigner-apprendre, il adapte, dans sa version skinnérienne (1954), l'enseignement aux rythmes individuels et élimine les effets nocifs de l'erreur (enseignement programmé linéaire). Dans sa version crowdérienne (1958), il diversifie les itinéraires dans la poursuite d'objectifs terminaux identiques (enseignement programmé à branchements).

Enfin, il apparaît que, déjà, ce progrès technologique témoigne de l'influence des sciences humaines sur la pédagogie. Mais d'autres courants vont se manifester, ouvrant l'arsenal des attitudes et des méthodes. Retenons deux exemples où l'influence américaine est déterminante. Le transfert de la psychosociologie des groupes restreints à la s [...]

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Écrit par :

  • : professeur honoraire de l'université de Genève
  • : professeur des Universités en sciences de l'éducation à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Daniel HAMELINE, Jacques PAIN, « PÉDAGOGIE - Les approches contemporaines », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pedagogie-les-approches-contemporaines/