ANDERSON PAUL THOMAS (1970- )

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Brouiller les pistes

Admirateur de cinéastes au style tranchant et au regard pénétrant tels que Kubrick, Scorsese, Demme et Tarantino, Anderson établit promptement la forme typique de ses films : présenter l’action de manière à suspendre son intégration à un récit. La réalisation ménage en apparence les habitudes hollywoodiennes : elle n’évite ni le champ-contrechamp ni le mouvement d’approche vers le visage ou le fait dramatique importants ; les dialogues sont volontiers cadrés en gros plan ou en plan rapproché à deux personnages. Mais ils s’émaillent de silences, de répétitions, de ruptures de ton, de froideur inattendue. Les tournures énigmatiques abondent. Elles tiennent autant aux scénarios, de la main d’Anderson, qu’à la mise en scène. Un inconnu surgit inopinément et revêt sans s’expliquer un rôle crucial : le procédé, déjà fondamental dans Double mise (Sydney, 1996), se répète à loisir dans Inherent Vice (2014). Dans cette adaptation du roman de Thomas Pynchon, l’enquêteur voit venir à lui une kyrielle de témoins qu’il n’avait pas sollicités : ils indiquent une multitude de pistes propres à égarer les spectateurs, dont lui-même s’accommode mal, mais qui vont lui offrir la solution de tous ses problèmes. Déjà, Magnolia (1999, ours d’or au festival de Berlin 2000) mettait rudement en cause l’unité de la fable : certains fils narratifs ne s’attachaient à l’émission de télévision, qui en constitue le point de convergence et en définit la chronologie, qu’au moyen de liens de parenté, de souvenirs anciens, d’activités annexes.

Ces inconséquences ne doivent rien à l’indifférence. Les coups de folie du héros burlesque d’Ivre d’amour (Punch-Drunk Love, prix de la mise en scène au festival de Cannes 2002) relèvent d’une absurdité universelle que signale aussi l’apparition d’un harmonium sur le trottoir. La tâche mystérieuse que montrent les premières séquences de There Will Be Blood (2007) introduit le thème primordial de l’engloutissement matériel, moral, puis infernal des personnages. Dans Boogie Nights, la mobilité désinvolte de la patineuse résume un monde qui ignore toute contrainte. Quant au déluge de grenouilles qui s’abat au dénouement de Magnolia, il suggère de prêter aux coïncidences qui marquaient le prologue le sens biblique d’une destinée providentielle qui ne saurait être insignifiante.

There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson

Photographie : There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson

À partir du personnage de Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis, de dos), Paul Thomas Anderson se livre dans There Will Be Blood (2007) à une critique féroce du capitalisme à l'état sauvage. 

Crédits : Paramount/ Vantage / The Kobal collection/ Aurimages

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There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson

There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson
Crédits : Paramount/ Vantage / The Kobal collection/ Aurimages

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Phantom Thread, P. T. Anderson

Phantom Thread, P. T. Anderson
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  • : agrégé de l'Université, rédacteur à la revue Positif

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Pour citer l’article

Alain MASSON, « ANDERSON PAUL THOMAS (1970- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-thomas-anderson/