NEWMAN PAUL (1925-2008)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Du révolté à l'antihéros

Paul Leonard Newman est né le 26 janvier 1925 dans un faubourg de Cleveland (Ohio), d'une mère d'origine hongroise. Son père, d'origine germano-juive, tenait un important magasin d'articles de sport que le jeune homme voudra fuir à tout prix. Dès sept ans, à l'école, il joue des pièces de théâtre. En 1943, parallèlement à des études de sciences économiques au Kenyon College de Gambier (Ohio), il joue au théâtre – The Front Page, La Mégère apprivoisée... – puis entre dans une troupe du Wisconsin. En 1951, il laisse à son frère le magasin paternel et commence à jouer à l'école d'art dramatique de l'université Yale, où il étudie puis enseigne la mise en scène. Il trouve bientôt quelques rôles dans des téléfilms de C.B.S. à New York, puis il s'inscrit à l'Actors Studio où l'enseignement de Lee Strasberg le marquera profondément. À Broadway, il est remarqué pour ses prestations dans Picnic (1953) et Desperate Hours (1955), pièces montées respectivement par Joshua Logan et Robert Montgomery. Il y rencontre Joanne Woodward, qu'il épousera en 1958, et signe un contrat avec la Warner Bros.

Newman déteste son premier film, Le Calice d'argent, de Victor Saville (1954). Avec lui commence la rude et répétitive comparaison avec Marlon Brando et il est certain que l'acteur n'a pas ici, dans le rôle d'un jeune sculpteur grec, la prestance de Brando dans Jules César, porté par la mise en scène de Joseph L. Mankiewicz et le verbe de Shakespeare. À deux reprises, Newman remplace James Dean, tragiquement disparu en 1955. Avec Marqué par la haine (Robert Wise, 1956), qui connaît un grand succès populaire, son personnage commence à se façonner. Le boxeur Rocky, inspiré de l'autobiographie de Rocky Graziano, est un révolté, en lutte contre la société comme avec ses proches. Il traverse la déchéance et la délinquance pour aller vers une rédemption qui le mène au championnat du monde. Dans Le Gaucher (1958), le jeu de Newman est encore très – trop – marqué James Dean et l'Actors Studio. Mais le film marquera une date dans l'histoire du western et constituera un tournant dans l'histoire du cinéma américain, en faisant connaître un cinéaste comme Arthur Penn en Europe. Comme Rocky, Billy est un être frustre, individualiste, blessé mais généreux, en proie à une révolte incontrôlée, et qui découvrira trop tard le chemin vers la lumière.

Le thème d'une rédemption après un trajet marqué par un masochisme autodestructeur – comme chez Brando et Dean – se retrouvera fréquemment dans les films interprétés par Paul Newman, mais sans trace d'angélisme mythifiant. L'acteur est le reflet d'une Amérique qui doute de ses valeurs : dans The Rack, d'Arnold Laven (1956), il est accusé de collaboration avec l'ennemi après un lavage de cerveau dans un camp de prisonniers en Corée. S'il joue le rôle d'un arriviste dans un monde cynique (Du haut de la terrasse, Mark Robson, 1960 ; Ce monde à part, Vincent Sherman, 1959...), il est rattrapé par ses scrupules ou ses sentiments. Il est l'antihéros des sixties, sur le plan social (Le Plus Sauvage d'entre tous, 1963, et L'Outrage, 1964, de Martin Ritt ; Luke la main froide, de Stuart Rosenberg, 1967...) ou familial et sexuel (La Chatte sur un toit brûlant, 1958, et Doux Oiseaux de jeunesse, 1962, de Richard Brooks). Loin des héros positifs schématiques des années 1970 (W.U.S.A., Stuart Rosenberg, 1970 ; ou Hombre, M. Ritt, 1967), le personnage d'Eddie Nelson, dans L'Arnaqueur, de Robert Rossen (1961), est passionnant et ambigu. Détective privé (Harper, Jack Smight, 1966) ressuscite le privé du film noir à la Chandler, mais avec une tonalité désenchantée qui le rapproche d'un héros de David Goodis. La même année, mal accueilli, l'agent trouble du Rideau déchiré (Torn Curtain, Alfred Hitchock, 1966) fait de Paul Newman l'égal de Cary Grant ou de James Stewart.

La Chatte sur un toit brûlant, de R. Brooks, 1958

Photographie : La Chatte sur un toit brûlant, de R. Brooks, 1958

Elizabeth Taylor et Paul Newman dans «La Chatte sur un toit brûlant» (1958), de Richard Brooks, d'après la pièce de Tennessee Williams. 

Crédits : Metro-Goldwyn-Mayer/ Collection privée

Afficher

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

Classification

Pour citer l’article

Joël MAGNY, « NEWMAN PAUL - (1925-2008) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-newman/