CELAN PAUL (1920-1970)

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« La mort est un maître d'Allemagne » : de l'anéantissement au refus de l'oubli

Celan a grandi à Czernowitz, la capitale de la Bucovine, attribuée à la Roumanie en 1919 par le traité de Saint-Germain juste avant la naissance de l'écrivain. La ville avait été, avant la guerre de 1914, la plus orientale de l'Empire austro-hongrois, proche et éloignée de Vienne, aux limites de la Russie. Sa bourgeoisie avait la particularité, sans doute unique en Europe, d'être majoritairement constituée par des juifs largement rattachés à la culture allemande, facteur déterminant de leur intégration. La famille de Celan était germanophone ; les écoles avaient été roumanisées, mais, par sa mère, l'enfant a été initié dès son plus jeune âge à la poésie allemande. Cette culture s'opposait au nationalisme roumain.

En raison du numerus clausus introduit par l'antisémitisme d'État, Paul Celan s'inscrit à Tours, à l'automne de 1938, en première année de médecine. Il connaît ainsi la France une première fois, avant d'y revenir pour de bon en 1948. La Seconde Guerre mondiale et l'occupation russe, à la suite du pacte germano-soviétique de 1939, le surprennent chez lui. Il a le temps de connaître l'administration soviétique, avant l'arrivée des troupes allemandes en 1941. Les Juifs sont parqués dans des ghettos, puis déportés. En 1942, il apprend la mort de ses parents – son père d'abord, puis sa mère, assassinée d'une balle dans la nuque – dans les camps de Transnistrie. Lui-même se trouve alors dans un camp de travail en Roumanie. C'est le tournant, et comme une origine historique nouvelle qu'il va donner à sa poésie.

Il fait alors le vœu de consacrer son génie à garder vivante la mémoire de l'anéantissement et à combattre la violence inhérente aux formes littéraires dans lesquelles il pratiquait son art. Celan était persuadé qu'en continuant à écrire en allemand, dans cette langue et dans cette culture qui étaient pourtant les siennes, il se rendait complice des meurtriers de ses parents.

Son poème le plus c [...]


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Jean BOLLACK, « CELAN PAUL - (1920-1970) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-celan/