PATRIMOINE INDUSTRIEL (France)

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Sauvegarde : entre conservation et reconversion

Les vestiges laissés par l'industrie au cours des siècles représentent un patrimoine considérable. Si les édifices les plus anciens, contemporains d'une industrie balbutiante, occupent des espaces de dimension moyenne, ceux qui ont été légués par le xxe siècle montrent un gigantisme plus difficilement conciliable avec une réhabilitation. Or, comme le souligne Jean Nouvel, « un édifice quel qu'il soit doit pouvoir gagner sa vie par lui-même ». C'est le cas des bâtiments occupés par les industries qui ont réussi à perdurer à travers les siècles parce qu'elles fabriquent toujours des produits recherchés pour leur authenticité.

Haut-fourneau U4 à Uckange, Lorraine

Photographie : Haut-fourneau U4 à Uckange, Lorraine

Le haut-fourneau U4 à Uckange (Moselle), fermé en 1991, a été sauvegardé grâce à son inscription à l'Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 2001. Dans ce parc dédié à la mémoire industrielle, les visiteurs peuvent découvrir la chaîne de production. 

Crédits : D.R.

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D'autres bâtiments doivent leur survie à leur transformation en musée. C'est d'ailleurs la première idée, qui vient aux associations de sauvegarde : musée de la bière, du sucre, du verre... Toutefois, à l'heure où les musées existants subissent une manière de désaffection de la part du public, ce qui, pour certains, met en péril leur existence même, il n'est plus possible de multiplier ces créations. Cependant, l'expérience a montré que des musées originaux, tel que celui de la mine Delloye à Lewarde, pouvaient fonctionner. On recourt alors à un savant mélange de ludique (le train de la mine) et de sentiment. Dans le nord de la France, une région durement éprouvée au cours du dernier quart du xxe siècle par la désindustrialisation, et où les mines avaient rythmé la vie des habitants durant plusieurs générations, il était impératif de conserver un site minier qui témoigne de l'histoire sociale du Nord. La même nostalgie se retrouve au Creusot, également sinistré par le déclin de l'industrie sidérurgique. Ces sites font partie de la mémoire collective d'une région et, à ce titre, ne pouvaient totalement disparaître.

Le musée n'est pas la solution universelle, d'abord en raison de l'impossibilité de faire coexister des thématiques similaires, comme pour le site d'Oignies, trop proche de Lewarde et qui aurait périclité malgré son classement au titre des Monuments historiques si la Mission bassin minier et une chaîne de télévision communautaire n'avaient installé leur siège dans ses locaux. Les associations de sauvegarde tendent également à privilégier la transformation des sites en espace culturel, théâtre ou lieu d'exposition. À Bordeaux, le T.N.T.-Manufacture de chaussures, fort de son succès comme espace théâtral au sein d'une ancienne usine, a organisé en février 2009 une journée d'études sur le thème de la réhabilitation du patrimoine industriel européen en lieux de culture. Outre que ces concepts ne sont pas déclinables à l'infini, ils supposent toujours l'injection de fonds publics, autant dans la phase de réhabilitation que dans celle de fonctionnement.

Quand elle est possible, la transformation en habitation représente une issue heureuse, que ce soit en logements sociaux (l'usine Blin et Blin d'Elbeuf) ou en logements de standing (les manufactures de tabac d'Issy-les-Moulineaux ou de porcelaine de Cramoisy). La reconversion en bâtiment public, souvent des écoles, offre également de nombreuses possibilités. Une telle utilisation s'inscrit dans une tradition bi-séculaire, si l'on songe qu'un grand nombre de couvents et de monastères ont été sauvés des conséquences de la Révolution française par une réutilisation des espaces sous forme d'écoles. De même, d'importants locaux industriels du xxe siècle ont pu être partiellement transformés en bâtiments scolaires : manufacture des tabacs de Morlaix, filature de Tourcoing, usine d'air comprimé S.U.D.A.C. à Paris. Enfin, la réhabilitation en immeubles de bureaux, à l'image de ce qui a été accompli pour la firme Nestlé à Noisiel, est un excellent moyen de sauver des bâtiments immenses en concevant une nouvelle œuvre architecturale. Avant de signer en 1989 la réhabilitation de la Halle Tony-Garnier à Lyon, les architectes Bernard Reichen et Philippe Robert avaient été en 1986 commissaires d'une exposition au Centre Georges-Pompidou intitulée Créer dans le créer.

Le problème de la sauvegarde de l'héritage industriel est complexe, surtout lorsqu'il s'agit d'ensembles monumentaux. En privilégiant les reconversions, on favorise une renaissance des sites industriels, qui assure leur survie de manière pérenne.

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Médias de l’article

Vue en perspective de la ville de Chaux, C. N. Ledoux

Vue en perspective de la ville de Chaux, C. N. Ledoux
Crédits : AKG

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Pavillon central du Familistère de Guise (Aisne)

Pavillon central du Familistère de Guise (Aisne)
Crédits : Françoise Weyl

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Cour intérieure du pavillon central du Familistère de Guise (Aisne)

Cour intérieure du pavillon central du Familistère de Guise (Aisne)
Crédits : Françoise Weyl

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Haut-fourneau U4 à Uckange, Lorraine

Haut-fourneau U4 à Uckange, Lorraine
Crédits : D.R.

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Écrit par :

  • : élève architecte à l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles
  • : professeur associé à l'université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense

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Pour citer l’article

Laurent CHANETZ, Bruno CHANETZ, « PATRIMOINE INDUSTRIEL (France) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/patrimoine-industriel-france/