PATRIMOINE INDUSTRIEL EN AMÉRIQUE LATINE

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Les Antilles

Christophe Colomb, mandaté par les Rois Très Chrétiens, arriva dans l'archipel en 1492. La Martinique, elle, est découverte plus tardivement, le 15 juin 1502, après la Guadeloupe (nov. 1493). Ce n'est pourtant que trente ans plus tard que les Français, installés sur l'île de Saint-Christophe, décident de la peupler.

Belain d'Esnambuc plante le drapeau français sur le sol martiniquais le 15 septembre 1635. Les Caraïbes, originaires de la forêt tropicale humide d'Amérique du Sud, occupent alors le pays. La cohabitation est cordiale dans un premier temps, mais se dégrade lorsque l'installation des Français prend une forme définitive. Alternent alors des périodes de guerre et de paix, jusqu'à ce que les Européens décident d'exploiter intensément le sol. La culture du pétun (tabac) signifie la perte des peuples caraïbes. En 1657, ils sont battus et les rescapés sont relégués dans deux îles qui leur sont concédées, la Dominique et Saint-Vincent.

C'est dans l'exploitation économique du sol que les îles vont trouver toute leur justification. Après le pétun, c'est le sucre, vers les années 1650, qui fait la fortune des colonies. Les techniques sucrières sont apportées par plusieurs centaines de juifs marranes chassés du Brésil par les Portugais. Ils connaissent les pièces indispensables au montage du moulin : les cylindres qui écrasent la canne et les chaudières où se purifie le sirop. Sous leur impulsion, dès 1669, l'industrie sucrière antillaise débute et se développe très rapidement. La Guadeloupe compte, en 1669, 113 sucreries, en 1788, 362, et, en 1847, 530 ; la Martinique, 111, 324 et 498 aux mêmes dates. L'essor est rapide : dès 1717, les livraisons dépassent les besoins de la métropole et le gouvernement cherche à réguler la production, non sans provoquer la révolte des colons en Martinique. Un siècle plus tard, le sucre colonial doit faire face à de nouveaux problèmes qui viennent de l'expansion du sucre de betterave, dont les techniques de fabrication sont plus mécanisées et moins coûteuses. Après diverses vicissitudes, il doit reconnaître sa défaite. À partir de 1723, parallèlement à celle du sucre, la culture du café se développe ; pendant un siècle, le café de la Martinique est réputé. Cette prépondérance économique demeure jusqu'au milieu du xixe siècle, puis le sucre de canne s'effondre devant le sucre de betterave.

Le moteur humain, essentiel au développement économique, fut la traite des Africains. De 1660 à 1840, entre trois cent soixante-dix mille et quatre cent quatre-vingt-dix mille esclaves arrivent aux Antilles françaises pour travailler dans les plantations, appelées « habitations » en Martinique – par habitude de voir les maîtres résider sur leurs terres. À partir du xixe siècle, les campagnes abolitionnistes se multiplient et deviennent virulentes. Après des tentatives de modifications législatives, l'émancipation est imposée par la révolution de 1848.

Ce passé lié à l'esclavage constitue le soubassement des sociétés martiniquaise et guadeloupéenne (Saint-Domingue, devenue Haïti, est indépendante en 1804), même si l'égalité avec la métropole est juridiquement reconnue après la Seconde Guerre mondiale avec le soutien des partis de gauche. Aimé Césaire réclame un statut départemental pour la Martinique. Le 19 mars 1946, la Martinique et la Guadeloupe deviennent départements français par la loi dite de l'assimilation.

Penser le patrimoine aux Antilles, c'est-à-dire les éléments constitutifs de la mémoire collective, devient, dans ces conditions, moins un problème matériel de conservation ou de restauration qu'une question politique (au sens étymologique du terme). Le patrimoine constitue, en effet, un héritage commun à préserver. Désigner ou reconnaître un patrimoine signifie tout uniment l'acceptation du passé si ce n'est de l'histoire. Aussi la définition d'un patrimoine est-elle un choix révélateur de la société.

Des ruines, témoins d'une activité économique

Les vestiges exhumés des broussailles, que l'on peut désormais visiter en Martinique et en Guadeloupe et que les politiques de restauration ont mis en valeur, sont les témoignages les plus caractéristiques de l'activité des plantations jusqu'à la fin du xixe siècle ; ils fo [...]

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Écrit par :

  • : directeur d'études honoraire à l'École des hautes études en sciences sociales
  • : historienne, directrice de recherche au CNRS

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Louis BERGERON, Myriam COTTIAS, « PATRIMOINE INDUSTRIEL EN AMÉRIQUE LATINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/patrimoine-industriel-en-amerique-latine/