PATRIMOINE INDUSTRIEL AUX ÉTATS-UNIS

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Le temps de l'eau : du moulin traditionnel aux premières concentrations usinières

Comme la France a sa Fédération des amis des moulins, les États-Unis ont leur Society for the Preservation of Old Mills : bâtisses parfois moins antiques que les moulins européens, mais non moins chargées de passé industriel, tour à tour de bois ou de belle pierre granitique. C'est l'Américain Oliver Evans, né dans une famille de fermiers du Delaware, qui inaugura en 1775 sur la Red Clay Creek (Maryland) le premier moulin à farine à plusieurs étages qui, plaçant en hauteur le grain à moudre, organisait rationnellement sa transformation en descendant d'un niveau à l'autre. De 1793 date l'Old Slater Mill, à Pawtucket (Rhode Island), la plus ancienne usine textile mue à l'énergie hydraulique des États-Unis. Les vieux États de l'Est offrent encore quelques vestiges de l'activité qui, au tournant du xviiie et du xixe siècle, transformait les moindres vallées, comme dans la France du même temps, en véritables rues industrielles. Ainsi, à quelques miles de la grande cité de Baltimore en pleine rénovation, peut-on toujours remonter l'étroite et raide vallée de la Patapsco River, pour y visiter la petite ville d'Ellicott City : elle tire son nom d'une famille de quakers venus de Pennsylvanie à la fin des années 1760 et qui décidèrent d'exploiter la pente de cette rivière pour construire plusieurs moulins à farine, dont ils devinrent vers 1800 les plus gros exportateurs à travers le port voisin ; bien d'autres activités ayant suivi, Ellicott City conserve aujourd'hui l'allure insolite d'une petite ville industrielle de l'Ardenne française ou belge.

D'autres rivières, beaucoup plus puissantes et coupées de chutes, furent de bonne heure utilisées pour distribuer leur force, démultipliée à travers des systèmes de canaux artificiels, à des concentrations d'usines, principalement textiles. À l'ouest de l'Hudson avant son embouchure, Alexander Hamilton avait repéré au cours des opérations de la guerre d'Indépendance les Great Falls, une chute de 25 mètres sur la Passaic River ; après avoir consulté Pierre Charles L'Enfant, l'auteur du plan de Washington, il confia à Colt, en 1792, l'édification de la première ville industrielle planifiée du pays, Paterson, appelée à devenir un centre majeur de l'industrie cotonnière puis de l'industrie de la soie, en même temps que de la construction mécanique (machines textiles, armes, matériel ferroviaire et aéronautique). Menacé dans les années 1960 par une autoroute, le système de canaux et les vieux bâtiments industriels survivants furent sauvés par un comité civique, qui entreprit notamment des fouilles archéologiques dans l'ancienne usine de locomotives Rogers ; il fit si bien qu'en 1976 le président Gerald Ford les déclara National Historic District ; c'était la première zone industrielle à bénéficier d'un tel classement sur une cinquantaine d'hectares ; dès 1977 commença la restauration de l'usine Rogers, suivie de l'aménagement d'un parc le long du système hydraulique. Ainsi naissait la conception d'une sorte de musée-parc de l'industrie ancienne, dans un quartier revitalisé par des activités commerciales, culturelles ou de loisirs, intégré aux développements récents de la ville.

Plus spectaculaire encore, le Lowell National Historic Park est venu donner la réplique au Great Falls Historic District. Des années 1820 au milieu du xixe siècle, Lowell (Massachusetts) était devenue, derrière Boston, la deuxième ville de l'État, grâce à un réseau de canaux hydrauliques de quelque 10 kilomètres attirant une concentration usinière d'une exceptionnelle densité. Vers 1920, Lowell entra en léthargie ; le renouveau urbain des années 1950 et 1960 vint malheureusement détruire beaucoup d'anciens bâtiments abandonnés mais toujours debout, jusqu'à ce que, à partir de 1966, la City Development Authority passe sous la direction éclairée d'un ancien directeur d'école, qui fit adopter l'idée d'un parc englobant toute la zone industrielle entrée en décadence. Un plan à long terme fut voté par le Congrès et signé par le président en 1978. Le financement combiné de la ville, de l'État et du gouvernement fédéral a fait depuis lors renaître progressivement une ville du xixe siècle dans la complexité de son bâti. En 1984, la cinquième Conférence internationale pour la conservation du patrimoine industriel a partagé ses travaux entre Boston et Lowell, qui accueille également une conférence annuelle d'histoire industrielle américaine.

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  • : directeur d'études honoraire à l'École des hautes études en sciences sociales

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Pour citer l’article

Louis BERGERON, « PATRIMOINE INDUSTRIEL AUX ÉTATS-UNIS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/patrimoine-industriel-aux-etats-unis/