PATRIMOINE ETHNOLOGIQUE & MÉTIERS MENACÉS

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Protéger les métiers : une question de survie

Combien de métiers sont utiles, voire indispensables, à des productions et à des services de qualité qui pourtant sont menacés de disparition ? Sauver ces métiers est donc devenu un impératif pour les pouvoirs publics, qui vont mettre en œuvre toute une gamme de solutions.

Lorsqu'il ne reste que quelques représentants d'un métier à sauvegarder et que par surcroît ce métier n'a d'intérêt économique qu'à long terme, l'urgence commande de prendre des mesures conservatoires : l'étude des gestes et techniques du métier, le recueil des outils et de spécimens des produits, la réalisation de films sont les premières mesures à prendre. En France, l'important réseau des musées de société pourvoit à ce travail de collecte et de conservation de la mémoire d'une activité : chapellerie à Chazelles-sur-Lyon, tissage au musée de la soierie de Charlieu près de Lyon, techniques de l'architecture alsacienne dans l'écomusée de Haute-Alsace de Ungersheim... chacune de ces institutions pouvant entretenir un atelier ou organiser des chantiers dans sa spécialité. Ainsi la Maison des couteliers de Thiers est-elle couplée à un atelier de production traditionnelle de couteaux, ainsi l'écomusée de l'île de Groix organise-t-il des chantiers écoles de restauration de bateaux anciens, ainsi le musée du papier d'Ambert produit-il du papier avec des techniques anciennes. À Calais, le musée des Beaux-Arts et de la Dentelle envisage le regroupement des collections de la section dentelle dans une ancienne usine de tulle située au cœur de la ville, qui deviendrait un musée européen de la Dentelle. Ce nouveau musée serait conçu comme un outil pour la profession dentellière, soucieuse non seulement de conserver une mémoire de sa production mais aussi d'innover et de s'ouvrir à de nouveaux marchés. De telles actions sont nécessaires à la préservation des métiers les plus menacés ; pour les autres, il paraît plus économique et plus efficace de favoriser leur apprentissage et, par conséquent, leur transmission.

Mais il n'est pas toujours facile d'assurer la transmission d'un métier qui risque de disparaître. Les artisans âgés n'ont toujours pas envie de s'encombrer d'un apprenti ou d'un compagnon. Le volume de travail ne justifie pas toujours l'intervention d'une tierce personne. Enfin, vouloir transmettre ne signifie pas pouvoir transmettre : tout n'est pas transmissible, loin de là !

Les organisations professionnelles et les services de l'État disposent de différents moyens pour intervenir sur les formations : organisation de C.A.P. et de B.E.P., octroi de bourses de formation, organisation dans les entreprises de systèmes de tutorat par d'anciens ouvriers ou artisans. C'est dans cet esprit que le ministère français de la Culture a pris l'initiative de nommer des « maîtres d'art ». Ces artisans, qui sont trente-sept en 1998, reçoivent en tant que meilleurs spécialistes de leur discipline une aide de l'État pour former un jeune. Dans le même ordre d'idée, la Société d'encouragement aux métiers d'art et la Mission du patrimoine ethnologique du ministère de la Culture créaient en 1996 l'Observatoire des entreprises rares à conserver (Oberac). Dès 1997, plus de 200 entreprises étaient repérées et l'on envisageait pour certaines d'entre elles différentes solutions pour les maintenir en activité, par exemple en les aidant à renouveler une production, à s'intégrer dans des circuits de découverte du patrimoine technique ou artisanal ou même à se transformer en ateliers musées. Mais toute démarche restera vaine si les principaux intéressés – les détenteurs de savoir-faire menacés – continuent de se sentir exclus de la vie économique. On ne rappellera jamais assez ce qu'Antoine Riboud écrivait dans son rapport de 1987 au Premier ministre, Modernisation mode d'emploi (Union générale d'éditions, Paris) : « le changement technologique efficace n'est jamais une table rase des savoir-faire anciens ».

Ces métiers qui périclitent, quand ils ne disparaissent pas, ont en commun de nous renseigner sur la face cachée, pragmatique sinon honteuse, de la transmission des savoirs dans notre société, tout entière portée à inscrire sa perpétuation dans l'écriture et dans l'institution scolaire. Ils nous renseignent sur des savoir-faire liés à des normes de perfection et à des [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  PATRIMOINE ETHNOLOGIQUE & MÉTIERS MENACÉS  » est également traité dans :

ARTISANAT

  • Écrit par 
  • Denis CHEVALLIER, 
  • Louis LERETAILLE
  • , Universalis
  •  • 7 093 mots

Dans le chapitre « Un contexte nouveau »  : […] On peut dater de 1975 les débuts de la politique nationale de soutien aux métiers d'art, dont les grands principes sont désormais établis. Soucieux de ne pas voir disparaître un ensemble de spécialités utiles à l'entretien du patrimoine national, le président Valéry Giscard d'Estaing commande à Pierre Dehaye, ancien directeur des Monnaies et Médailles, un rapport sur les difficultés des métiers d' […] Lire la suite

ÉCONOMUSÉES

  • Écrit par 
  • Denis CHEVALLIER
  •  • 2 496 mots
  •  • 1 média

Une enquête française réalisée en 1995 à la demande du C.N.R.S. recensait dans 29 pays d'Europe 286 établissements ayant pour mission de documenter, de conserver et de montrer au public des techniques et des savoir-faire artisanaux ou industriels traditionnels. Cette enquête faisait apparaître, à côté de 136 musées, écomusées, musées de plein air ou musées techniques réalisant des démonstrations e […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Denis CHEVALLIER, Isac CHIVA, « PATRIMOINE ETHNOLOGIQUE & MÉTIERS MENACÉS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/patrimoine-ethnologique-et-metiers-menaces/