PASTORALE, genre littéraire

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L'Antiquité gréco-latine

Parler de poésie pastorale, c'est nommer d'abord Théocrite et Virgile. Mais ces poètes n'ont pas surgi ex nihilo, et remonter aux origines lointaines du genre n'est pas aisé.

Les origines

Pour la mythologie grecque classique Apollon est le dieu de la lyre, Hermès celui des moutons d'Arcadie. Mais celui-ci, d'après l'Hymne à Hermès, est l'inventeur de la lyre, qu'il offrit à son frère pour prix de ses « vaches immortelles ». Apollon garda les troupeaux de Laomédon (Iliade, XXI, 448) et ceux d'Admète en jouant de la flûte (Alceste d'Euripide). D'autres personnages mythiques sont à la fois pasteurs et musiciens : Pan, le Cyclope Polyphème, les Satyres ou Tityres, le héros Anchise, les jumeaux Amphion et Zéthos... Diverses mythologies présentent semblable rencontre : citons l'Inde avec Krishna. La Bible unit ces caractères chez David (I Sam., xvi) et chez les frères Yabal et Youbal (Gen., iv). Partout existent des légendes, contes, faits de folklore. Et le berger n'est-il pas en tous lieux, de tout temps, le poète et musicien par excellence ? Il l'est toujours, notamment en Sicile, en Sardaigne, en Grèce, au Pays basque. En Grèce antique, Hésiode relate comment les Muses l'appelèrent au milieu de ses agneaux (Théogonies) ; une inscription de Paros raconte la vocation, comparable, d'Archiloque.

La poésie pastorale au sens précis du terme est apparue chez les Alexandrins (ive s.-ier s.). Mais les préoccupations et traits pastoraux de la poésie grecque sont bien antérieurs. Sans parler des Travaux et Jours hésiodiques, poème de la vie des champs, l'épopée homérique par excellence, L'Iliade, présente d'importants aspects pastoraux : les récits du vieux Nestor contant ses premiers exploits (chant XI) dans des luttes consécutives à des razzias de troupeaux, les représentations de la vie pastorale sur le bouclier d'Achille (chant XVIII), surtout les comparaisons, dont la plupart sont d'un style pastoral très marqué. Le théâtre offre aussi des caractères d'origine pastorale : affabulation et traitement des drames satyriques conservés (Le Cyclope d'Euripide, Les Limiers de Sophocle) ; en outre, il est vraisemblable que les scènes d'agôn (joutes verbales) de la tragédie, et peut-être de la comédie, se rattachent aux chants alternés improvisés partout et toujours par les bergers (de nos jours encore, contrasti siciliens, sfide sardes, koplak des bertsolaris basques) : Aristote y fait allusion dans sa Poétique à propos de la tragédie.

Sur l'origine précise du genre pastoral, on a beaucoup discuté dès l'Antiquité, inventant des théories a posteriori, d'après, évidemment, ce que l'on voit chez Théocrite : fêtes religieuses présentant des bergers brocardant leurs maîtres (cf. Idylles, V), invention du berger mythique Daphnis (cf. Diodore, IV, lxxxiii, 3 ; Elien, X, xviii), qui mourut d'amour et fut chanté par Théocrite (Idylles, I et VII), puis par Virgile (Bucoliques, V). Rien de cela ne nous apprend pourquoi cette poésie apparaît chez les Alexandrins. Bouleversements du monde grec, essoufflement des grands genres, personnalité de Théocrite surtout, ami des bergers siciliens et de la nature, tels durent être les éléments de la conjoncture favorable à l'éclosion de ce genre, qui fut vraisemblablement la création de Théocrite.

Théocrite

Les dates de Théocrite ne sont pas connues avec précision. Né entre 315 et 310 avant J.-C., sans doute à Syracuse, où il dut passer toute sa jeunesse, il en partit entre 275 et 270 pour se fixer à la cour de Ptolémée Philadelphe, se partageant d'ailleurs entre Alexandrie et Cos, berceau probable de sa famille. On place sa mort vers 250. Estimant passé le temps de l'épopée (VII, 45 sqq.), il écrivit de courtes pièces, les Idylles, modèles de tous les poètes bucoliques (de boucolos, « gardien de bœufs »). Cette poésie fut souvent amoureuse, car le berger chante volontiers ses amours. À vrai dire, certaines pièces sont assez peu pastorales, comme cet admirable mime des « Syracusaines » ou ce poignant poème d'amoureuse délaissée, « Les Magiciennes », un des sommets de l'œuvre, malgré les simple [...]

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, professeur de littérature française à l'université de Sassari, Italie
  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-X
  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire à l'université de Paris-IV
  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (IVe section)

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Pour citer l’article

Daniela DALLA VALLE CARMAGNANI, Jacqueline DUCHEMIN,  ETIEMBLE, Charlotte VAUDEVILLE, « PASTORALE, genre littéraire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pastorale-genre-litteraire/