PARMÉNIDE (VIe-Ve s. av. J.-C.)

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Les Routes

Grâce à Simplicius, on possède une suite de soixante et un vers du premier discours ontologique de l'Occident ; assez de textes par ailleurs, notamment grâce à Sextus Empiricus, pour se faire une idée de la construction du poème. Cet ensemble fut composé pour être appris et récité, par transmission de la bouche à l'oreille : non qu'on ne sût écrire à Élée, mais on se défiait encore de l'écriture. L'introduction se présente comme le récit d'un voyage initiatique, entrepris par le héros d'une course en char. Tel le vainqueur olympique, le héros compte avec ses bêtes, des « créatures connaissantes » que l'intelligence et le vouloir de l'homme ne suffisent pas à maîtriser : d'elles-mêmes, elles l'emportent sur la route, obéissant aux « filles du Soleil » dévoilées au passage du Seuil. Si le voyage symbolise la démarche vers la connaissance, il faut dire qu'une grâce divine chasse, des Ténèbres vers la Lumière, cette Intelligence dont le premier mérite est de garder l'équilibre, en évitant de faire culbuter le char. Au terme du voyage, une bonne déesse, au nom de l'Alèthéia, ou de Mnèmosynè, accueille l'initié qu'elle comble avec le don d'une double révélation.

Ses premières recommandations composent la doctrine des Routes. « Route » est une image signifiant la démarche du discours : ici, une loi de construction de la phrase, et de l'enchaînement des phrases. Il est permis de prononcer « est » avec un sujet positif : Ce qui est est, ou Il est. Ou, encore, l'équivalent double négatif : Ce qui n'est pas ou Non-être n'est pas. Il est défendu de mélanger un sujet positif avec un verbe négatif, ou l'inverse équivalent, un sujet négatif avec un verbe positif : Non-Être est, ou Être, n'est pas ; telle est la « route de nuit » à barrer. Et il est encore défendu de se livrer à des jeux complexes mélangeant autrement l'être et le non-être, telle la phrase : être et ne pas être, c'est et ce n'est pas la même chose. Un tel mode du discours représe [...]


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Écrit par :

  • : professeur honoraire à l'université de Paris, ancien professeur à l'université de Paris-X-Nanterre

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Pour citer l’article

Clémence RAMNOUX, « PARMÉNIDE (VIe-Ve s. av. J.-C.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/parmenide/