PARAPSYCHOLOGIE

Des «  esprits des morts » aux expériences de laboratoire

La parapsychologie a pour sources l'expérience subjective commune et la tradition magique. D'un côté, en effet, il n'est pas d'individu qui n'ait, à un moment ou à un autre de sa vie, éprouvé une impression telle que l'apparente réalisation d'un fragment de rêve fait antérieurement ou le pressentiment qu'un événement néfaste est en train d'affecter un être cher. Il n'est personne non plus qui n'ait connu des faits troublants tels que l'arrivée inattendue de quelqu'un à qui on était justement en train de penser, la formulation de telle idée au même moment qu'une autre personne dans une conversation de groupe, la chute d'objets ou des explosions soudaines sans cause apparente. D'un autre côté, l'histoire et l'ethnologie rapportent l'existence, depuis la plus haute antiquité et sous toutes les latitudes, d'individus hors du commun qui, tels que chamans, sorciers, prophètes, devins et tout en remplissant d'ailleurs, souvent, des rôles institutionnels dans leurs sociétés respectives, sont ou étaient censés être capables de « voir » des scènes éloignées dans l'espace ou dans le temps, de « lire » dans la pensée des autres, de réaliser des guérisons inexplicables...

La parapsychologie en tant qu'étude scientifique de tels phénomènes naquit cependant au xixe siècle, alors que la science et la technique prenaient un grand essor. Ses sources historiques proches résident, en fait, dans les tentatives, à cette époque, de plusieurs scientifiques renommés (Wallace, Crookes, Richet, Flammarion, William James...) pour observer objectivement les phénomènes spirites et leur trouver des explications rationnelles. Depuis 1848, les « esprits des morts » entraient en communication avec les vivants grâce à des médiums, frappaient des coups, soulevaient des tables ou des personnes, etc. Malgré l'imposante somme de travaux qui leur furent consacrés, aucune conclusion qui fût clairement favorable à ces phénomènes n'émergea et la plupart des médiums furent reconnus comme étant des fraudeurs. Cependant, une tendance se manifesta chez les scientifiques qui voulaient étudier ces « esprits des morts » : elle consistait à abandonner l'idée que ceux-ci étaient à la source de tels phénomènes et à considérer que les lévitations et transports d'objets devaient dépendre de forces naturelles inconnues. De même, l'apparente aptitude des médiums à lire dans les pensées ou à prédire l'avenir devait être due à des facultés du psychisme encore inconnues. Ainsi furent jetées les bases, à la fin du xixe siècle et au début du xxe, des sciences métapsychiques, ou parapsychologie.

À partir des années 1930, la perception extrasensorielle et la psychokinésie firent l'objet d'investigations standardisées en laboratoire. Le matériel comprenait des cartes Zener, c'est-à-dire un jeu de 25 cartes portant 5 symboles simples (cercle, croix, carré, ligne ondulée, étoile) et des dés. Dans les expériences de perception extrasensorielle, il s'agit de « deviner » la carte qui va être retournée par un appareil automatique ou par un sujet manipulant les cartes hors de la vue du « devin ». Dans les expériences de psychokinésie, il s'agit d'influer sur la chute du dé de façon à faire apparaître certains nombres ou certaines sommes avec une fréquence supérieure à celle du hasard. Dans les deux situations, des tests statistiques permettent de dire si les résultats dévient significativement de ceux qu'aurait donné le simple tirage au hasard. Au début des années trente J. B. Rhine à l'université Duke (États-Unis) aurait obtenu, avec l'aide de son assistant G. Pratt, des résultats hautement significatifs avec des sujets apparemment doués. L'une de ses expériences de clairvoyance avec l'étudiant H. E. Pearce est restée célèbre : celui-ci avait su dire exactement 558 fois sur 1 850 tirages successifs (la probabilité pour que ce résultat ait été dû au hasard est de 10-22) quelle carte Zener avait été tirée en un lieu éloigné de 90 à 230 mètres de lui. Avec des cartes portant des dessins d'animaux, S. G. Soal aurait obtenu à l'université de Londres, dans les années quarante, des résultats significatifs de précognition chez deux sujets doués, B. Shackleton et G. Stewart : ceux-ci ne devinaient pas la carte qu'on était en train de tirer, mais celle qui la précédait ou la suivait dans le tirage. En faisant varier la vitesse de tirage des cartes, Soal put même établir que la perception extrasensorielle du sujet était fixée sur un objet appa [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 7 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  PARAPSYCHOLOGIE  » est également traité dans :

NEW AGE

  • Écrit par 
  • Thierry KUBLER
  •  • 3 328 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « De nouveaux syncrétismes »  : […] Il convient, dès lors, de porter sur le monde un regard libéré de la perspective trop analytique du rationalisme. « Tout est dans Tout », l'expression a été répétée jusqu'au galvaudage : le principe holiste, une antienne essentielle au nouvel âge, unit ce qui est apparemment contradictoire. Il s'agit dès lors de découvrir la complémentarité dans l'unité. Une erreur grave consiste à séparer l'espri […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Marcel BLANC, « PARAPSYCHOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/parapsychologie/