PALÉOGRAPHIE

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Les écritures grecques (IVe s. av.-XVe s. apr. J.-C.)

Le fondateur de la paléographie grecque a été dom Bernard de Montfaucon, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, qui publia en 1707 une Palaeographia graeca : il a inventé le mot – qu'il emploie en français (« paléographie ») pour la première fois dans une lettre du 14 janvier 1708 – et il lui a donné une extension très large, qui englobe à la fois la codicologie et l'étude des écritures livresques ; la diplomatique et les écritures documentaires sont traitées accessoirement. Il distingue deux grandes catégories d'écritures : l'onciale (majuscules, ou capitales), dont il emprunte le nom aux latinistes et qu'il connaît mal, les exemples en étant alors à Paris peu nombreux, et les écritures liées, c'est-à-dire les minuscules, dont il possède une connaissance incomparable, le Cabinet du roi et la collection du duc de Coislin étant sur ce point d'une richesse inépuisable.

La connaissance de l'écriture grecque a été renouvelée par l'apport des papyrus : les premières trouvailles furent, en 1730, celle de la bibliothèque du philosophe épicurien Philodème, contemporain de Cicéron, dans la maison des Pison à Herculanum, et, vers 1778, en Égypte, celle d'un compte daté de 192 avant J.-C., la Charta Borgiana, aujourd'hui à Naples. Mais des fouilles méthodiques ne commencèrent en Égypte qu'après les découvertes de sir Flinders Petrie (1889-1890). De plus, ce n'est qu'à partir de 1863 que la photographie commença à être employée pour la reproduction de manuscrits grecs, de sorte que ce n'est guère qu'au début du xxe siècle que les paléographes hellénistes purent vraiment commencer à exploiter les papyrus.

Enfin, les progrès de l'épigraphie grecque ont profondément renouvelé l'histoire de l'écriture. Alors que Montfaucon ne connaissait pas d'inscription grecque antérieure à 450 avant notre ère, pas de manuscrit antérieur au ve siècle de notre ère, nous possédons des inscriptions que l'on peut attribuer à la première moitié du viiie siècle avant J.-C. et des papyrus datés du ive siècle avant J.-C.

En Grèce antique

Du xve au xiiie siècle avant J.-C., les Grecs ont utilisé une écriture syllabique minoenne, le linéaire B, déchiffré en 1952 par Michael Ventris et dont on perd la trace peu après 1200, sauf à Chypre. Pendant plus de trois siècles (xiiie-xie s.), les Grecs semblent avoir perdu l'usage de l'écriture. À la fin du xe siècle, ils ont adapté à leur langue l'alphabet consonantique phénicien. L'écriture n'est pas unifiée : on distingue, d'après la présence ou l'absence des signes complémentaires Φ, X et Ψ ajoutés aux 22 lettres phéniciennes, trois grands groupes : les alphabets archaïques (Théra, Mélos) qui ne possèdent pas ces trois lettres ; les alphabets orientaux où Φ = ph, X = kh, Ψ = ps ; les alphabets occidentaux où Φ = ph, X = ks, Ψ = kh.

En 403, Athènes adopta officiellement l'alphabet oriental dit ionien et les autres villes suivirent progressivement son exemple. C'est en cet alphabet que sont écrits les plus anciens papyrus connus : un papyrus religieux découvert en 1962 à Dherveni en Macédoine (le seul papyrus trouvé jusqu'ici dans la péninsule et qui, étant donné le site où il a été découvert, doit être attribué au ive siècle) et trois papyrus égyptiens : un contrat de mariage de l'île Éléphantine, daté de 311-310 ; un second document, la « plainte d'Artemisia », imprécation contre un mari qui a abandonné sa femme et ses enfants destinée à être affichée dans le temple des dieux pris à témoin de son forfait ; un texte littéraire, fragment des Perses du poète Timothéos de Milet. Ces deux derniers fragments peuvent être datés du ive siècle par comparaison avec le contrat d'Éléphantine.

L'écriture de ces quatre textes, qui ne sont d'ailleurs pas tous de même qualité, est une capitale – les paléographes hellénistes commencent à abandonner le terme jadis consacré d'« onciale », afin d'éviter toute confusion avec un autre type d'écriture dont il sera parlé plus loin et avec l'« onciale » latine – semblable à celle des inscriptions contemporaines, mais, comme il est naturel pour une écriture au calame, moins régulière, plus libre et dont certains tracés, par exemple le Σ et l'Ω, se sont déjà parfois simplifiés.

Il a souvent paru surprenant que les Athéniens du siècle de Périclès aient pu se contenter d'une écriture aussi lente et scolaire, mais le fait qu'il n'y a aucune différence entre le document et les trois autres textes « littéraires » incline à penser qu'il n'existait pas encore alors de véritable cursive. Ce n'est guère que vers le milieu du iiie siècle que celle-ci se dégage de l'écriture livresque ; les tracés s'y simplifient, comme dans toute écriture vraiment cursive, certains ductus se modifient, les lettres deviennent anguleuses, elles se lient les unes aux autres sans souci de la séparation des mots ; dès le iie siècle, la cursive devient peu lisible ; elle poursuit son évolution, d'une façon souvent anarchique, jusqu'au ive siècle de notre ère.

Les chancelleries des hauts fonctionnaires ont employé, du moins à l'époque impériale – les Romains ayant conservé, en Égypte, le grec comme langue administrative –, une capitale cursive, beaucoup plus claire et proche des écritures livresques, et dont il existe des formes solennelles étirées en hauteur, assez voisines de celles qu'utilisent alors les grandes chancelleries de langue latine.

L'écriture des livres conserve plus fidèlement, à quelques exceptions près, les formes fondamentales de la capitale, les modifications qu'elle lui fait subir portent plus sur le style que sur la structure : les paléographes distinguent ainsi à la fin du règne des Ptolémée et au début de l'occupation romaine un style ornemental caractérisé par la présence d'empattements à la base et au sommet des hastes verticales ; en Italie, c'est dans le style ornemental que sont copiées les œuvres de Philodème.

Au iie et au iiie siècle, peut-être par réaction, apparaît le style sévère caractérisé par sa simplicité et le contraste entre la largeur des Η, Δ, Μ, Ν, Π, et l'étroitesse des Β, Ε, Θ, Π, Σ, comme dans les papyrus du iiie siècle avant J.-C.

Au iiie siècle naît un nouveau style auquel on a donné le nom d'onciale biblique, parce qu'il est celui des célèbres manuscrits de la Bible : l'Alexandrinus, le Sinaïticus, le Vaticanus, et que le paléographe qui lui a consacré récemment une étude approfondie préfère appeler « majuscule biblique ». Il est caractérisé par la tendance à inscrire la lettre dans un carré imaginaire, par l'absence d'empattements, comme dans le style sévère, mais surtout par le contraste entre des traits verticaux épais et des traits horizontaux maigres qui résulte d'un changement dans l'« angle de [...]

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  • : directeur d'étude à l'École pratique des hautes études (sciences historiques et philologiques)

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Pour citer l’article

Robert MARICHAL, « PALÉOGRAPHIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paleographie/