PALÉOGÉOGRAPHIE

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Vers une géographie mobile

L’idée d’une géographie mobile, non figée, n’est pas récente. Dès l’Antiquité, certains avaient envisagé l’existence de changements dans la répartition des terres émergées et des mers, puis, dès le xvie siècle, quelques précurseurs supposaient déjà des modifications de grande ampleur à l’échelle des continents. Cette idée s’appuyait essentiellement sur le fait que les côtes africaines et américaines peuvent s’emboîter. Par la suite, des similitudes entre les structures géologiques, les flores et les faunes de continents séparés ont été relevées, notamment vers 1750 par le naturaliste français Georges Buffon, puis entre 1799 et 1804 par le géographe et explorateur allemand Alexander von Humboldt et en 1828 par le botaniste Adolphe Brongniart. Malgré ces observations suggérant une géographie variable, l’idée dominante est longtemps restée celle d’une géographie fixe. Pourtant, les idées non fixistes se précisent vers le milieu du xixe siècle.

Des partisans de la position fixe des continents, mais pas d’une géographie entièrement fixe, ont fait progresser les idées. Parmi eux, à la fin du xixe siècle, le géologue autrichien Eduard Suess suppose, comme d’autres avant lui, que des continents aujourd’hui séparés étaient auparavant reliés par des masses intermédiaires (appelées « ponts continentaux ») maintenant effondrées. Dans cette optique, la géographie changeait mais les continents ne se déplaçaient pas. Cette conception – continents fixes, liaisons par ponts continentaux, effondrement de ces derniers – a dominé la paléogéographie et la paléobiogéographie pendant longtemps.

Suess était un ardent défenseur de la théorie de la contraction de la Terre. Selon celle-ci, la Terre se refroidit et se contracte, ce phénomène étant supposé jouer un rôle important dans la formation des chaînes de montagnes. Alors que Suess défend la contraction terrestre, le géologue italien Roberto Mantovani suggère, en 1889, que le volume de la Terre est, au contraire, en accroissement. Si la théorie de la contraction de la Terre est abandonnée (en particulier à la suite des travaux de Wegener), celle de l’expansion terrestre compte encore quelques partisans aujourd’hui.

Dans le cadre des idées non conformistes et d’une géographie que l’on peut qualifier de mobiliste, signalons le point de vue de l’astronome américain William H. Pickering. En 1907, il suppose que la Lune s’est détachée de la Terre en laissant l’emplacement de ce qui est maintenant l’océan Pacifique, brisant le continent unique qui existait alors, ce qui aurait donné naissance aux continents actuels.

En 1908, le géologue américain Franck B. Taylor suggère que les continents se déplacent et que leurs collisions peuvent créer des montagnes. Un peu plus tard, le climatologue allemand Alfred Wegener propose en 1912 sa célèbre théorie de la dérive des continents. Alors que les travaux de Taylor n’ont pas eu de retentissement, l’hypothèse de Wegener, plus argumentée, a marqué l’histoire des sciences de la Terre. Toutefois, elle s’est heurtée à l’absence d’explication crédible sur les forces responsables de la dérive. Malgré quelques soutiens, les idées mobilistes de Wegener ont d’abord été surtout combattues.

Les avancées essentielles sont venues de la connaissance des fonds marins. Au début des années 1960, des travaux décisifs permettent aux idées mobilistes de s’imposer. La mise en évidence de l’expansion des fonds océaniques – avec en particulier les travaux de Harry H. Hess (1962) puis ceux de Frederick J. Vine et Drummond H. Matthews (1963) – conduit à la théorie de la tectonique des plaques, aussi appelée « tectonique globale ». La dérive des continents, telle que la voyait Wegener, avait été rejetée par beaucoup de scientifiques car ce dernier n’avait pas pu fournir d’explications satisfaisantes quant au mécanisme et aux forces responsables des mouvements de ces masses continentales. La théorie de la tectonique des plaques n’a pas souffert de ce handicap puisque les forces en question (liées aux mouvements du manteau terrestre) sont identifiées. Vers la fin des années 1960, la majorité des scientifiques se rallie à la mobili [...]

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Faille Almannagjá, Islande

Faille Almannagjá, Islande
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Dorsale médio-atlantique 

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Paléogéographie : la Pangée

Paléogéographie : la Pangée
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Paléogéographie : dislocation de la Pangée en deux grandes masses continentales

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Pour citer l’article

Jean-Claude RAGE, « PALÉOGÉOGRAPHIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paleogeographie/